Ceci n’est pas une pipe

Il était une fois un amateur de BD et de fellation…

Non, ce billet ne sera pornographique (enfin, je crois !), il me permet benoitement, sous couvert de parler de BD de parler d’une pratique qui permet de créer du lien social… oralement certes mais sans le risque de laisser les mots dépasser sa pensée…

Alors oui, j’aime la BD et j’aime la pipe, mais là n’est pas le principal. Lorsque j’ai vu ce bouquin à la FNAC, je me suis dit que cette anthologie était faite pour moi. Au moment d’attraper le livre, j’ai secrètement regretté qu’un employé facétieux n’ait pas eu l’idée de le positionner sur un présentoir à côté de Boule et Bill ou de la série des Pompiers de Stédo et Cazenove…

Comme toute anthologie qui se respecte, ce livre compile des planches d’une soixantaine d’auteurs après un chapitre passionnant sur la représentation de la fellation depuis les temps antiques, en passant par l’art « classique » jusqu’à l’époque actuelle et sa place dans la bande dessinée.

Au-delà du « plaisir » de la lecture, j’ai refermé le livre avec quelques réflexions en tête.

D’abord sur 60 œuvres présentées, une seule représente le sexe gay. Les auteurs le disent eux-mêmes : le fantasme gay est rarement représenté. Ils citent Tom of Finland et saluent la maison d’édition H&O et quelques-uns des auteurs qu’elle a publiés (Tim Fish, Patrick Fillion, Gengoroh Tagame, Benoit Prévot…) mais ne présentent des planches extraites d’une seule œuvre, Les aventures de Timmy de Roscoe. Mais bon… Hétéro ou homo, un sexe reste un sexe, même s’il en est des formes comme de la dextérité ou de la précision du trait pour le dessiner. Selon les auteurs, le dessin est plus ou moins… léché. Comme dans la vraie vie en quelque sorte.

Ce qui m’a le plus troublé, c’est la place de la fellation dans la relation mise en scène dans ces BD, je le rappelle, majoritairement hétéros.

J’ai pour ma part une approche très festive, ludique, gourmande, jubilatoire, je dirais même jouissive de la fellation… Or, dans plus de la moitié des planches dessinées présentées dans cette anthologie, pas de légèreté, pas d’insouciance, encore moins d’amour ou de plaisir partagé… La pipe est une manifestation de domination, d’asservissement voire d’humiliation. La pipe est imposée, elle montre que l’homme a le pouvoir. Dans certains extraits la préparation de l’acte s’accompagne de dialogues du style « Ferme-la, tais-toi et suce ! »

Évidemment les psychanalystes ont depuis longtemps théorisé sur la symbolique de l’acte sexuel, de la pénétration et de ce que cela a créé en termes de construction sociale et de façonnement des rapports hommes/femmes. Je savais que cela faisait partie de l’imagerie traditionnelle mais voir, en tournant les pages du livre la réitération systématique de cette mise en scène reproduisant immanquablement le rapport dominant / dominée, donc de l’homme supérieur à la femme a fini par me mettre un tantinet mal à l’aise. Je me suis suis retrouvé plus gêné qu’excité finalement…

D’un autre côté, lorsque la femme ou la jeune fille est « demandeuse », lorsque c’est elle propose, qui suggère ou offre la faveur sexuelle, il s’agit très souvent dans ces planches dessinées d’une provocation, d’une transgression, de la volonté de s’afficher comme une femme de mauvaise vie, un rebut de la société, disons-le, comme une salope. C’est elle qui recherche le geste qui – tel qu’il est présente et scénarisé – va la dégrader, la souiller à ses propres yeux, autant qu’aux yeux des acteurs mâles. Et c’est assumé. Elle est d’autant plus satisfaite de sa recherche de l’avilissement que le sexe qu’elle va engloutir est énorme, souvent le plus gros qu’elle a jamais vu précise-elle avant de se jeter goulument dessus… Plus c’est gros plus ça passe, à grands renforts de slurp et de mmmmfff étouffés. A contrario il n’y a pas ou peu de situations dans lesquelles le fait de proposer une gâterie à l’homme est présentée comme une prise de pouvoir : je te suce, je fais de toi ma chose, mon obligé, je te renvoie à un statut de bite à sucer, je t’enlève ton pouvoir… Et pourtant, on voit bien que c’est la femme qui prend les choses en mains… que c’est elle qui a le pouvoir de manipuler l’homme devenu objet et esclave de sa teub…

Dernier volet de cette imagerie sur papier glacé, la représentation des hommes. Dans la majorité des cas, ils sont moches, ils sont vieux, ils sont retors. Ils ont siuvznt une représentation viciée de l’amour et sont vicieux. Ils représentent une population masculine dépourvue d’empathie, de respect pour la femme qu’ils mettent à leurs genoux, mais aussi de respect pour eux-mêmes. Ils jouissent sans bonheur mais avec brutalité, avec bestialité, avec bruit. Seule la combinaison pouvoir et grosse teub leur permet d’obtenir, d’acheter, d’exiger, d’extorquer des faveurs féminines. Triste vision du monde…

Je suis bien conscient que dans ce style de BD, tout est fantasme et caricature mais… Est-ce que ça suffit pour dénoncer ? Ce qui reste de toutes ces images, une fois le livre refermé est un peu perturbant en ce qu’il consacre le sexe comme symbole de domination sur l’autre et non pas comme symbole ultime du partage. Ça… Ça laisse un goût amer dans la bouche !

Voilà, c’était ma consultation du dimanche matin. Une ‘tite pipe et au lit, vous pouvez retourner dans la vraie vie.

Si on chantait ?

Je suis resté longtemps sans avoir envie d’écouter – et donc d’acheter – des disques nouveaux…

Ici et là une chanson pouvait m’accrocher mais sans plus. Je peux citer en vrac Comment est ta peine de Benjamin Biolay, La Grenade de Clara Luciani ou Back on my feet de Kimberose. Je suis en revanche resté totalement étanche à l’émergence de Slimane, de Louane, de Jeremy Frerot, de Vianney, de Camelia Jordana ou Yseult… Question d’ambiances musicales dans lesquelles je ne me reconnais pas, de voix trop plates, trop rêches, trop mièvres parfois. Question de diction souvent, je ne comprends pas ce qu’on me chante… Ou bien c’est moi qui deviens vieux ? (1) Question de propos également. Une bonne chanson suppose la rencontre entre une mélodie et un texte et rares sont les artistes qui ont su m’embarquer dans leur monde…

Allais-je être réduit à écouter indéfiniment les mêmes artistes, les mêmes albums, les mêmes mots et me recroqueviller dans un cocon musical ouaté et complice de la nostalgie propre au troisième âge ?

Mes derniers achats, jusqu’à cet été, m’ont conduit en terrain connu. Le dernier Julien Clerc, « Terrien » et l’album de Streisand « Release Me 2 »…

Ce qui m’a le plus séduit dans le disque de Julien Clerc, finalement, c’est la pochette, remake assumé de la pochette du disque « n°7 » paru en 1975, album qui recelait des pépites comme Souffrir par toi n’est pas souffrir ou This Melody. Mais aussi – même si elles sont moins connues Prends ton cœur par la main, ou Je voyage… Flasher sur une pochette, c’est un peu pitoyable. L’album n’est pas mauvais, certes, mais il n’imprime rien de neuf, ni même de marquant ni dans mon esprit, mes émotions ni dans ma mémoire. On a beaucoup mis en avant la chanson Le Refuge. Sans doute parce qu’elle était le fruit d’une collaboration avec Clara Luciani, la rencontre de deux générations. Parce que sinon, franchement, cette chanson ne marquera pas la carrière du Julien Clerc. A mon goût, depuis Déranger les pierres, écrite avec Carla Bruni en 2008, y’a pas grand chose d’intéressant chez Juju… Dans ce nouvel opus, je serais bien incapable de citer une chanson qui m’a vraiment embarqué, mis à part peut-être Automne dont le texte est signé Bernard Lavilliers…

Barbra Streisand, c’est incontournable pour moi. Je sais que je vais retrouver une voix, des nappes de violons, une ambiance cotonneuse, voluptueuse, jazzy-mais-pas-trop. Rien de nouveau, un plaisir réconfortant et une absence d’originalité assumée d’autant qu’il s’agit de titres ressortis des placards. Avec ce disque Release me 2, Barbra Streisand a donc comblé ma paresse auditive… Je ne lui en veux pas, c’est aussi pour ça que je l’aime…

J’ai acheté également un disque live de Queen avec Adam Lambert. Mais une fois de plus, pas de véritable découverte : des titres connus, une oreille comblée par la performance flamboyante du chanteur. Adam Lambert est extraordinaire en termes de voix et de postures scéniques. Je l’ai découvert un peu tardivement et il m’a conquis par sa reprise du Believe chanté en hommage et devant Cher herself. Cher qui ne peut s’empêcher de lâcher un WOW admiratif devant la performance… et moi pareil !

En clair, depuis deux ans, vous savez, depuis « avant la pandémie », je suis resté dans une sorte de routine musicale… avec mes Pink Floyd, mes BO favorites et mes compilations préférées mêlant Françoise Hardy, Maxime Le Forestier, Sheila, Mélina Mercouri, Brassens, Mylène Farmer, Serge Lama Dire Straits et quelques autres…

Je pourrais presque dire que les rares nouveautés qui m’ont capté ont été proposées à l’Eurovision : Mahmood (Italie 2019), Duncan Laurence (Pays Bas 2019), Destiny (Malte 2021), Go_A (Ukraine 2021) oui, surtout Go_A ! Des styles variés, des mélodies différentes, mais à chaque fois des titres isolés et non pas des envies d’albums…

Et puis voilà… En un mois, j’ai retrouvé l’émotion qui m’accompagnait généralement quand j’achetais un nouvel album.Grâce à Lil Nas X, à ABBA et prochainement grâce à Adèle.

Certes en ce qui concerne ABBA (et sans doute Adèle), le côté « novateur » reste bien contenu… Mais il s’agit là d’achat « coup de cœur », avec une envie de l’écouter dans la continuité et en boucle. Je n’ai pas été déçu avec Voyage, contrairement à Terrien de Julien Clerc. J’ai eu le plaisir de rester dans l’univers musical, les harmonies vocales, le son d’ABBA augmenté par le plaisir de découvrir de mélodies parfaitement ciselées, des textes inédits, une forme de continuité dans le voyage musical permettant de découvrir des nouveaux paysages. La continuité est même tellement ben assumée qu’à la fin du titre Keep an eye on Dan, on a une reprise musicale du SOS pourtant publié en 1975 ! Je me suis quand même surpris à me poser des questions sur les voix d’Agnetha et de Anni-Frid. Elles sont tellement identiques à celles ancrées dans mes souvenirs que c’en est presque indécent de constater qu’à 70 ans elles chantent, elles « sonnent » toujours comme à 25 ou 30 ans…

Beaucoup plus surprenant, le coup de cœur éprouvé à l’écoute de Montero de Lil Nas X. Coup de cœur provoqué par une de ses performances live. Une performance outrancière, glam, sexe, choc, provocatrice, parfaitement maitrisée et assenée. Au-delà des paillettes et des corps huilés et sculpturaux de ses danseurs, il y avait une voix, une musique, un rythme… J’avais entendu parler de Lil Nas X comme d’un rappeur. Un rappeur qui dénotait parce que gay. Mais c’est tellement plus que ça. Il chante. Il chante bien. Sa musique va plus loin que le rap car il y a des mélodies, il y a une vraie technique vocale, il y a un décorum qui ne sert pas de paravent mais qui sert le propos. Pour la première fois j’ai acheté un album en version purement numérique puisque le CD avec son boitier et son livret ne sont pas disponibles. Depuis un mois, je le passe au moins une fois tous les deux jours, tellement je le trouve jubilatoire.

J’avais pour habitude, sur mon ancien blog, de ponctuer ces billets où j’évoquais mes goûts musicaux par la formule « ma vie est un juke box ».

C’est toujours vrai !

(1) Merci de ne pas répondre à la questiion !

« Le trop de confiance attire le danger »

Inktober / blogtober – le mot du jour : Risque / Danger

« Qu’est-ce que le danger ? » Vous avez 4 heures…

Je tourne et je vire depuis hier autour de ce mot, qui n’est pourtant pas plus compliqué à raconter que les autres propositions de ce jeu d’écriture… Pas plus compliqué apparemment…

Je crois finalement que j’ai trouvé la définition que je mets derrière le mot Danger mais aussi l’explication de mon hésitation à le décliner : le danger, pour moi, c’est tout ce que je ne maîtrise pas…

Je suis en danger parce que je réfléchis, que je projette, que j’imagine, que j’intellectualise les situations. Je suis en danger à cause de mon cinéma intérieur.

Faire du skate-board ? Je ne vais pas trouver l’équilibre, je vais tomber, me faire mal et je serai ridicule.

Parler cinéma ou littérature ? Je vais rapidement montrer les limites de ma culture cinématographique ou littéraire, je vais passer pour un niais et je serai ridicule.

Jouer du piano ? Je ne vais pas être capable de coordonner mes mains et les sons que je vais produire seront cacophoniques et je serai ridicule.

Aller en boite ? Je ne sais pas danser, je vais être gauche, m’agiter comme un sémaphore désarticulé, être à côté du rythme et je serai ridicule.

Boire de l’alcool ? Je ne tiens pas l’alcool, je vais rire bêtement ou être malade, je vais me donner en spectacle et je vais être ridicule.

Rencontrer un mec ? Je ne vais pas lui plaire physiquement, je ne vais rien avoir à lui dire, je vais me prendre un râteau et je serai ridicule.

Alors qu’on cite souvent le Cid « Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années », je crains d’être plus proche de Don Fernand qui déclare « Le trop de confiance attire le danger ».

Avoir confiance, c’est accepter le risque, c’est accepter de se mettre en danger. Peut-être dois-je d’être timoré à une éducation qui m’a trop « couvé » et qui a contribué à me rogner les ailes avant même qu’elles ne me donnent envie de voler. Je crois surtout que beaucoup de mes craintes et donc de mes reculs sont liés à cette difficulté (euphémisme) que j’ai toujours eu à m’accepter physiquement. Je me suis depuis toujours senti bridé / brimé par le regard des autres. Ou peut-être par le regard que je portais sur moi et que je prêtais/je prête aux autres.

Je n’ai donc jamais fait de skate-board, préférant marcher tranquillement sur mes deux pieds bien posés par terre.

Je ne parle que rarement cinéma ou littérature préférant des sujets plus légers comme les émissions de télé-réalité et le concours de l’Eurovision.

Je ne joue pas de piano, mais je suis un excellent auditeur.

Je ne suis jamais allé en boite, prétextant trop de fumée, trop de bruit, préférant balancer tranquillement ma tête au rythme secret des musiques compilées dans mon iPod.

Je ne bois pas d’alcool, un café, un ice-tea ou jus de fruits sont tout aussi susceptibles de créer de la convivialité.

Je ne contacte personne sur les rézociaux ou les sites de rencontres et je trouve toujours une bonne raison pour décliner les (rares) invitations. Au lieu d’adopter un mec, j’ai accueilli un chat.

Tout ça est bien maitrisé. Bien contrôlé. Bien calculé. Bien évalué. Pas de risque. Pas de danger.

Pas de vraie vie peut-être ?

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». A l’année prochaine ?

Glissements progressifs du plaisir

Inktober / blogtober – le mot du jour : Glisser

J’étais jeune et insouciant. J’étais étudiant. J’étais maitre d’internat dans un lycée près d’Avignon.

Un jour, quelques internes avec qui j’avais un bon feeling malgré ma « sévérité » m’avaient proposé de venir avec eux faire du ski…

Je crois que j’ai dit oui avant de me souvenir que je n’étais JAMAIS monté sur des skis… Parmi ces grands gaillards qui m’invitaient, certains d’entre aux habitaient du côté de Digne, la neige faisait partie de leur ADN…

En discutant un peu avec eux, j’ai compris que sur le groupe de 6, nous n’étions que 2 à n’avoir jamais chaussé des skis. Le deuxième novice, c’était Vincent, un jeune homme qui faisait 1,80 ou 1,85m qui avait le sport – quel que soit le sport – qui coulait dans ses veines. Il regardait un moniteur faire du kayak, il savait faire du kayak et maitrisait l’esquimautage dans l’heure qui suivait. Il regardait un prof faire du tir à l’arc, et après quelques essais, il avait la posture, la gestion de la respiration et la précision du tir. Il était désespérant de facilité… Il sautait les barrières d’un bond, il faisait de la moto, il tapait la balle de squash…

Et moi, moi qui devais m’y reprendre à trois fois pour escalader la barrière haute d’1,20 mètre de l’entrée fournisseurs du lycée, je trouvais que la nature était injuste. En plus, ses résultats scolaires étaient bons et il avait un caractère en or…

Donc on est parti un samedi matin sur les pistes du Ventoux…

Location de matériel, fou-rires lorsqu’au milieu de chaussures de ski taille 43 ou 44 on est allé chercher une taille 39-40 pour le petit, là. Oui pour moi…

On a acheté les forfaits, les gars ont attrapé sans coup férir les perches des remonte-pentes, je m’y suis repris à deux fois pour en choper une…

J’ai écouté les conseils et me suis arrêté en haut d’une piste verte… Ils ont continué vers des pistes rouges ou bleues je ne sais plus…

En haut de la piste verte, j’ai espionné les conseils qu’un moniteur donnait à des minots de 6 ou 8 ans pour descendre la pente en chasse-neige. J’ai essayé. Je suis tombé. Je me suis relevé, j’ai réessayé, je suis retombé…

Après quelques minutes, un grand gaillard s’est arrêté à côté de moi. Vincent. De loin il avait vu mes hésitations, mes difficultés, mes ratés. Il m’a accompagné, m’a conseillé, a repris ma gestuelle en faisant preuve d’une patience que j’aurais été incapable de manifester… 

Et…

Et j’ai glissé sur ma première pente, sur au moins 14 mètres… avant de m’effondrer comme un soufflé démoulé trop tôt…

Vincent est reparti vers les pistes des skieurs aguerris… Et j’ai continué mes glisses molles et décamétriques… Et je me suis enhardi. Pour m’apercevoir que je ne savais réussissais à tourner que d’un côté… Impossible de négocier un virage vers la gauche… donc pour m’arrêter je me laissais lamentablement choir sur mon flanc droit…

Au bout d’une heure de tâtonnements plus ou moins convaincants, je ne sais pas ce qui m’a pris, l’ivresse de l’altitude peut-être… J’ai décidé de reprendre le tire-fesses et je suis monté en haut des pistes, dans le domaine des pistes rouges et noires. Une fois là-haut, je me suis rendu compte que plus que tout autre qualificatif, le mot « con » me résumait parfaitement moi et mon inconscience. En haut de la piste, la pente était trop, beaucoup trop, dramatiquement trop raide. J’ai entendu les élèves me crier « Michel, non, fais pas ça, t’es con ! » mais que faire ? Il fallait bien redescendre maintenant que j’étais là haut !

Je me suis assis sur l’arrière de mes skis… et je me suis laissé glisser. J’ai croisé des skieurs qui slalomaient à droite, à gauche, qui passaient devant moi en me faisant des gestes qui n’avaient pas l’air très conviviaux. Quand ça allait trop vite, je me penchais sur le côté droit pour tomber. Le temps d’entendre clairement les insultes qui m’étaient adressées.

Normalement un skieur aguerri descendait cette piste en moins de 10 minutes. J’ai mis plus de 2 heures. S’assoir. Glisser. Prendre de la vitesse. Avoir peur. Tomber. Me maudire. Recommencer… S’assoir. Glisser. Prendre de la vitesse…

Vers 16h00 tout le monde était en bas, ils étaient prêts à rendre les skis, les chaussures et reprendre la voiture. Sauf moi.

S’assoir. Glisser. Tomber…

Les élèves suivaient ma descente sur la pente et m’ont accueilli avec des hourras et des applaudissements euh…goguenards. Pétri de honte sous ma doudoune, j’avais pourtant envie de rire comme un sale gosse. En m’accueillant, Vincent a mis tout le monde d’accord : « Au moins tu as essayé. Mais ne t’amuses pas à raconter que tu as descendu une piste noire, parce que nous, on sait… et on racontera tout ! »

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». Demain, le mot du jour sera « Risque / Danger ».

Rapiécé

Inktober / blogtober – le mot du jour : Pièce

À 13 ou 14 ans, on n’est plus un gamin…

Je crois que j’étais encore en 4ème, mais je serais incapable de dire si c’était à la suite d’un cours de Physique ou d’Éducation Manuelle et Technique que… ?

A moins que ce soit suite à un pari stupide dans la cour de récréation que… ?

Pour mes 12 ans, on m’avait offert ma première montre. Pas n’importe quelle montre… C’était celle de Papa. Une montre qu’il possédait depuis 20 ans au moins. Ronde. Avec des chiffres bien dessinés, l’indication « 18 rubis » sur le cadran crème et des points de phosphore qui luisaient dans le noir. Tous les soirs avant de m’endormir, je la posais sur mon bureau après l’avoir consciencieusement remontée.

Elle fonctionnait très bien. Comme une horloge quoi !

Donc, pour quelle raison, à la suite de quelle « invitation » m’est-il venu l’envie de la démonter pour voir ce qu’elle avait sous le capot ?

J’avais trouvé le moyen de dévisser le couvercle arrière… J’avais même fait sauter le verre, mais je l’avais vite remis en place après avoir fait bouger les aiguilles avec mes gros doigts.

C’est à l’arrière que c’était passionnant. Le tic-tac accompagnait le mouvement des roues dentées. J’avais fait levier sous un de ces rouages qui m’empêchait de voir le ressort s’enrouler et se dérouler autour d’un truc, un axe ou je ne sais pas quoi… La roue soulevée avait roulé sous mes doigts, mais le ressort bougeait encore.

J’ai insisté. J’ai enlevé des petits machins, des bidules. Tant que le ressort bougeait encore, c’est que la montre vivait toujours.

Et puis je me suis attaqué au ressort. Je l’ai fait sauter et détaché de son encoche…

Ça ne bougeait plus, c’est donc que j’étais allé trop loin, il était temps de remonter la montrer pour tenter de remonter le temps.

Je me suis retrouvé comme un bricoleur du dimanche devant un meuble Ikéa, perplexe parce qu’il reste UNE vis dont il ne sait pas quoi faire, alors qu’il est persuadé d’avoir respecté le mode d’emploi.

Moi, c’était le ressort que je n’arrivais pas à replacer. Fallait que je trouve une solution parce que Papa allait bientôt rentrer. J’ai remis les axes, j’ai réarrangé les rouages sur les axes et revissé les toutes petites vis. Mais pas le ressort. J’ai rajusté le couvercle. J’ai fait tourner le remontoir. Bizarrement il tournait dans le vide… J’ai remis la montre à mon poignet. J’ai regardé le ressort. Je l’ai jeté.

Deux jours plus tard, j’ai dit avec l’air le plus innocent possible « Tu sais Papa, la montre elle marche plus, elle s’est arrêtée ! »

Papa a récupéré la montre. Deux heures plus tard je l’entendais m’appeler : « Michel, tu peux venir ? » J’ai essayé de lui faire admettre que « non je n’ai pas touché à la montre, non je ne l’ai pas ouverte, non je ne sais pas pourquoi y’a plus le ressort… »

Étonnamment, Papa ne m’a pas cru.

Il a fallu que je patiente 2 ou 3 ans pour qu’on m’offre une nouvelle montre.

A quartz…

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». Demain, le mot du jour sera « Glisser ».

Sous la dent

Inktober / blogtober – le mot du jour : Croustillant

Croustillant comme la peau du poulet rôti. Dans ma mémoire c’est associé au dimanche, on n’était pas riches quand j’étais gamin et le poulet du dimanche, c’était la fête. Traditionnellement, à la découpe du poulet, on me donnait un pilon, le deuxième c’était pour Papa, mon frère se régalait avec les ailes et Maman prenait du blanc, mais toujours avec la peau évidemment…

Croustillant comme la peau du poulet rôti, celle qu’on demande de ne pas manger quand on fait un régime, sous prétexte que c’est gras. Alors que c’est justement la peau qui est bonne et qui représente presqu’à elle toute seule le plaisir qu’on a à manger du poulet…

Croustillant comme le bord des œufs au plat de mon enfance. En bonne normande,Maman cuisait les œufs au plat dans du beurre qu’elle avait laisser mousse sur le feu. Et elle savait manipuler la poêle pour que le beurre vienne délicatement créer une bordure un peu grillée tout autour du blanc d’œuf. Je n’ai quasiment jamais réussi à refaire la même chose…

Croustillants comme ces insectes qu’on a voulu me faire manger en les incorporant dans une salade composée. L’horreur absolue. Je ne peux pas dire si c’est bon… On ne m’avait pas prévenu, et j’ai senti quelque chose craquer sous mes dents. Puisqu’il y avait des œufs durs dans ce plat, j’ai cru que c’était un morceau de coquille mal écalée. J’ai recraché, j’ai regardé, c’était brun-noir, ça avait des pattes encore visibles, j’ai failli vomir…

Croustillantes comme ces histoires de cul que des potes bien intentionnés voulaient à tout prix me raconter. Mais je n’ai jamais aimé qu’on me raconte par le menu les plans réels ou supposés de mes amis. Je ne veux pas savoir, je ne veux pas de calque un peu trouble sur l’image que j’ai d’eux… C’est mon côté « jeune fille de bonne famille », sans doute…

Contrairement au poulet, ce n’est pas ce qu’il y a de croustillant chez mes amis qui me semble avoir le plus de goût…

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». Demain, le mot du jour sera « Pièce ».

Baby, you’re a firework…

Inktober / blogtober – le mot du jour : Etincelle

Quand j’étais gamin, les bougies magiques, celles qui font des étincelles sur les gâteaux d’anniversaire me faisaient peur. J’avais peur que ça me brûle. Alors je les évitais. Je les regardais de loin. Je me tenais à distance respectable du gâteau…

Plus tard j’avais la même réaction quand je voyais papa bricoler et faire jaillir des fontaines d’étincelles avec sa disqueuse…

Une de mes grandes frayeurs fut de faire apparaitre un bouquet d’étincelles en me trompant dans la pose des pinces sur une batterie de voiture. J’ai depuis renoncé à toute forme de mécanique… Toujours être prudent ! Et conscient de ses limites…

Ces particules de lumière, ces poussières de feu, très peu pour moi. Ou pour ma peau. J’étais sûr que ça allait me brûler et me faire souffrir…

Pourtant je m’émerveille facilement, comme un gamin, devant les feux d’artifice, sans me croire pour autant obligé de ponctuer les explosions de lumière avec des Oh la belle rouge, oh la belle bleue… Oui, je suis facilement fasciné par la beauté éphémère de ce genre de spectacle…

Je crois que je dois à l’éducation que mes parents m’ont donnée cette capacité intacte à profiter des plaisirs simples, cette faculté à avoir aisément des étincelles dans les yeux devant un beau spectacle ou un superbe paysage : je sais encore m’émerveiller et j’espère garder longtemps encore cet état d’esprit…

SI je devais avoir un regret, c’est de n’avoir vécu qu’une fois ces instants merveilleux où on a des étoiles dans les yeux en pensant à l’être aimé. Je ne l’ai vécu qu’une fois, et ce furent non pas des étoiles mais des étincelles, trop éphémères, qui illuminèrent et se consumèrent trop fugacement, tout en brûlant mon cœur…

Alors… C’est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie, Kevin ? (1)

(1) Si tu me lis et que tu ne t’appelles pas Kevin, ça peut le faire quand même !

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». Demain, le mot du jour sera « Croustillant ».

Building bridges

Inktober / blogtober – le mot du jour : Relier

Relier… Ma première idée a été de ressortir ce slogan d’EDF (et ses détournements…) « Des hommes qui relient les hommes »…

Je me suis rendu compte ensuite que RELIER, c’est l’anagramme de RELIRE, de LIERRE et d’IRREEL

Et puis j’ai pensé aux ponts. Les ponts me fascinent depuis que je suis gamin. Si je n’avais pas été nul en maths et en physique, j’aurais aimé construire des ponts. C’est assurément une des manifestations du génie humain parmi les plus audacieuses à la fois pour le symbole de la foi qu’il faut avoir en soi pour passer outre le vide, les rivières, en un mot la nature, mais aussi pour le symbole de ce qui fait l’humanité : le partage, la main tendue, la communauté…

C’est ce concept qui est pourtant bafoué et piétiné avec férocité depuis quelques temps avec une accélération effarante depuis quelques mois. Il est tellement plus facile et moins risqué de construire des murs que des ponts…

Un mur entre Israël et la Palestine, un mur entre les USA et le Mexique, un mur entre la Biélorussie et la Pologne, un mur entre Paris et Pantin… Et tant d’autres plus silencieux, plus insidieux, plus sournois entre les peuples, entre les communautés, entre les genres, entre les familles… entre « lui » et « les autres »…

C’est une société qui sectorise, qui classe, qui compartimente, qui enferme dans des cases, donc qui exclut là où on aurait besoin de regards partagés, de sourires échangés, d’entraide, de lien(s)… C’est une société où l’on passe son temps – en particulier sur les rézosociaux mais aussi dans les discours des politiques de tous les bords – à montrer du doigt les autres, à les dénoncer, à les stigmatiser, à les exclure, là où on aurait besoin de lien…

Même le concours de l’Eurovision cherchait à partager cette évidence en prenant pour slogan « Building bridges » à Vienne, c’était en 2015.

Je ne prétends pas être un ersatz d’Abbé Pierre… Je peste, je renâcle, je maugrée, je ferme souvent les yeux et j’ouvre trop souvent ma gueule pour accuser ceux et celles qui contrarient mon petit confort routinier de bien-pensant mollement indigné en regardant le journal de 20h00… Mais j’essaie d’être lucide. Et de ne pas tomber dans le travers de la condamnation aveugle de celui que je ne comprends pas…

Oui, j’aime les ponts et ce qu’ils représentent.

J’aime l’idée de vaincre le vide et de franchir les obstacles.

J’aime l’idée de l’envol et du vertige à surmonter pour aller vers l’autre.

J’aime l’idée que, chacun sur leurs rives, les hommes ont envie de communiquer et cherchent un moyen de relier leurs mondes pour en construire un autre, meilleur, plus vaste et plus riche de connaissances partagées…

J’aime l’idée qu’on peut construire des ponts pour passer au dessus des murs…

J’aime l’idée qu’on n’ait plus envie de mélanger les lettres du mot RELIER pour écrire le mot IRREEL

Ce billet est ma contribution au jeu d’écriture « Inktober with a keyboard » (encore appelé « Blogtober ». Demain, le mot du jour sera « Etincelle ».