Une claque dans la gueule…

C’était en 1984 ou 1985 je crois, à l’Isle-sur-la-Sorgue, et j’étais maître d’internat. Le lycée où je travaillais était assez envié par les étudiants qui espéraient décrocher un poste de surveillant. Bonne réputation, des élèves respectant la discipline. Un cadre envié pour un étudiant qui voulait bosser ses examens tout en gagnant un salaire…
C’était avant les vacances de Pâques. Vers 23 heures, deux élèves ont frappé timidement à la porte de ma chambre de pion en me disant : « Michel t’entends pas ce bordel ? On voudrait dormir , nous ! »
Le dortoir que je surveillais était calme, mais effectivement il y avait un sacré bruit de cavalcade à l’étage au dessus. J’étais connu pour ne pas être très tolérant avec les bavardages ou les tentatives de chahut dans « mon » dortoir, une fois les lumières éteintes. Je dis « mon dortoir » parce que je m’étais arrangé pour travailler principalement en internat et j’assurais 4 nuits sur 5 avec « mes élèves ». Bertrand, le pion du dortoir du dessus, était à l’inverse connu pour se faire régulièrement bordéliser le seul soir où il était de service.
Je suis monté. J’ai ouvert la porte et, dans la pénombre, j’ai vu les silhouettes qui couraient de tous les côtés, j’ai entendu les rires et de cris et j’ai remarqué la porte de la chambre du surveillant soigneusement fermée. J’ai gueulé un grand coup, ça a calmé dans leur élan nombre d’ados qui se sont éparpillé aux cris de « Y’a TNT ! TNT est là ! »
Oui, TNT, c’était mon surnom… Allez savoir pourquoi ?
J’ai réussi à choper un jeune qui passait à ma portée… Ma main est partie, il s’est pris une bonne baffe… Bien claquée. Tout est redevenu calme en 10 secondes, tout le monde est retourné sous sa couette, tout le monde s’est couché rapidement sans même oser un rire incongru. J’ai menacé de revenir si… Mais je me doutais que ce ne serait pas nécessaire.
J’ai débloqué la porte de la chambre de Bertrand en lui disant qu’il avait intérêt à assurer, sinon… Et je suis redescendu dans mon dortoir. Quelques élèves étaient évidemment debout pour écouter et tenter de comprendre ce qui se passait. Un simple « Qu’est-ce que vous foutez là ? » et tout est rentré dans l’ordre.

Raconté comme ça, j’ai l’air de me donner le rôle du pion à qui rien ne résiste, SuperPion qu’on respecte, SuperPion qui règle les problèmes, SuperPion qui fait régner l’ordre. Avec le recul je sais bien que je n’étais que SuperPion-qui-se-comporte-comme-un-facho par ce que le système lui en donnait le pouvoir…
Ce lycée était donc connu pour être un bahut dans lequel on « tenait » les élèves. Il restait ouvert un week-end sur deux car il recrutait large (certains élèves venaient de Manosque ou de Digne-les-bains, à 150 kilomètres de là, pour faire un bac F3 Electrotechnique). Recrutement large, donc internat, donc des élèves de la seconde à la terminale sur qui on avait une sacrée emprise. Des ados qui jouaient avec les limites du règlement bien sûr, et qui risquaient de se voir infliger un week-end de consigne, leur interdisant de rentrer chez eux. Les week-ends « normaux » étaient déjà courts quand on pensait qu’il y avait cours le samedi matin. L’élève habitant sur le plateau de Valensole, prenait le bus à 14h00, arrivait chez lui à 17h00 et repartait le dimanche en milieu d’après-midi pour rentrer à l’internat le dimanche soir car il n’y avait pas de transport permettant d’être à l’heure le lundi matin à 7h45…
Fort de ces arguments, le CPE qui veillait personnellement au recrutement et à la formation de ses surveillants avait l’habitude de dire : « il vaut mieux qu’un gamin qui a fait une connerie se prenne une baffe plutôt que d’être consigné le week-end. Ne pas rentrer chez soi, quand on est ado, c’est pas bon ! »
J’avoue que j’ai été très rapidement d’accord avec cette façon de voir les choses. Simple, directe, efficace (même si avec le recul, je sais très bien que ça flattait des tendances pas très nettes de jouer au chefaillon…) J’avais, en plus, au fond de moi une forme de goût pour le respect de l’ordre, de l’autorité, de la discipline… alors gueuler pour faire respecter la règle, montrer une forme d’intransigeance – surtout les premières semaines de boulot pour montrer que – même si j’étais petit – je me ferai respecter… tout naturellement filer une baffe à un ado récalcitrant je l’ai fait… Et comme le dit la sagesse populaire : Y’a que le premier pas qui coûte. Une fois la première gifle partie, encaissée publiquement par un élève penaud (même s’il faisait 20 cm de plus que moi), une fois cette barrière franchie, on savait que j’en étais capable, je voyais que j’en étais capable. Tout le monde savait que c’était dans l’ordre des choses dans ce lycée. Je savais que j’avais l’impunité, les élèves savaient qu’il ne servirait à rien de se plaindre.

Après les vacances de Pâques, j’ai été convoqué par le proviseur, dans son bureau. C’était pas bon pour moi, ça… Ce proviseur, c’était un petit bonhomme rondouillard, atrabilaire et irascible qui était craint de tous. A peine introduit dans son bureau j’ai eu la confirmation qu’il y avait un problème. Le CPE était là, un élève et ses parents également. « Parait que vous avez giflé ce jeune ? » J’ai balbutié… J’ai raconté la soirée, l’intervention dans ce dortoir qui n’était pas le mien, le geste vif « à l’aveugle »… « D’accord – m’a interrompu le proviseur – mais vous avez percé le tympan de ce garçon ! Ça a cicatrisé, mais faudra faire attention la prochaine fois ! Vous pouvez sortir ! »
Je suis resté dans le secrétariat ( sous l’œil attendri d’une secrétaire qui, je le savais, en pinçait pour moi ) à tenter de comprendre ce qui se disait à côté. J’ai compris que les parents n’avaient pas le droit à la parole, que le gamin avait de la chance que le proviseur ne l’exclue pas sur le champ et qu’il avait intérêt à se tenir à carreau jusqu’au bac, 1an et demi plus tard. J’étais couvert par ma hiérarchie, adoubé par le CPE, lavé de toute faute. Une fois les parents repartis – totalement abasourdis – le CPE m’a simplement demandé de taper moins fort…
Voilà comment le système dérape… Voilà comment en 1985, on faisait d’un lycée lambda une fabrique de petits matons tout-puissants et intouchables…

Imaginez que le pion que j’étais soit un policier, que le CPE soit un préfet de police, et que le proviseur soit ministre de l’intérieur… Ce n’est pas le proviseur qui a donné directement les ordres, ce n’est pas le CPE qui a giflé mais ils ont tous les deux défini un ordre, une autorité, une politique, des objectifs, des modes d’action. Ils l’ont défini, validé, assumé, théorisé et justifié. Et le sous-fifre qui exécute est soutenu, défendu, adoubé, blanchi, excusé avec seulement un doigt tendu en l’air pour lui signifier s’il y a bavure : « attention, c’est pas bien ce que tu as fait ! »

Pas fier de moi, j’avais raconté cette histoire à mes parents. Maman, qui avait elle-même la main leste quand on était gamin, m’avait écouté raconter ça avec gravité. Elle qui avait le temps de me filer deux ou trois baffes le temps de dire « tu vas te prendre une gifle » m’avait simplement dit : « Tu sais, je n’ai pas été un bon exemple ! fais attention Michel, reprends toi et promets moi que tu ne gifleras plus jamais un élève ! Ce n’est pas comme ça que tu te feras respecter ! »
Je n’ai effectivement plus jamais giflé qui que ce soit. De toutes façons, ma réputation était faite, mon intransigeance et mon exigence étaient connues, mon surnom de TNT amplement mérité.
Mais j’ai également appris que l’autorité pouvait passer par d’autres vecteurs, que le respect se gagnait et se méritait. Quand je vois les flics d’aujourd’hui, je regrette que leur mission et la doctrine qui sous-tend leur action se soit tellement dévoyée, qu’ils ne représentent plus l’ordre, mais la lutte contre le désordre, lutte que l’on doit qualifier aujourd’hui trop souvent de brutale et aveugle. Je regrette que leur hiérarchie, mais aussi une grande partie des appareils politiques ne placent l’action de la police que sous la seule bannière de la répression, de l’interdiction, du gaz lacrymo et des tonfas. Je regrette que les policiers qui souhaitent créer ou récréer ce lien social que Sarkozy a piétiné en raillant les actions de la police de proximité et les matchs de foot entre flics et gamins des cités, je regrette que ces flics-là ne soient pas ceux qui dirigent les syndicats…
L’Histoire enseigne pourtant que ce sont les répressions aveugles et brutales qui nourrissent la colère des peuples. Aucune jacquerie, aucune grève, aucune révolution n’a jamais éclaté sur fond de dialogue ou de paix sociale…

Pour ma part, dans ce lycée où j’ai passé trois ans comme maître d’internat, j’ai appris la différence qu’il y avait entre « être craint » et « être respecté ». C’est beaucoup plus difficile d’être respecté mais tellement plus gratifiant, le matin, quand on se regarde dans la glace et qu’on a le sentiment d’être sur ce chemin-là…

Réussir sa vie, chantait Bernard Tapie…

Il était une fois un imposteur…

Je suis au volant de ma 306, l’autoroute A75 défile mais il faut que je fasse attention car la neige et le verglas sont là. Pas d’horizon sous ce ciel blafard… Un long ruban d’autoroute dont je connais les radars piégeux et les limitations de vitesse à 90km dans les virages en descente une fois qu’on arrive du côté de Lodève. La radio est calée sur Nostalgie, une des rares stations qu’on capte bien sur ce trajet, mais aucune chanson n’imprime ma mémoire.

Je suis dans un grand bureau sombre. Le sol parqueté est sombre. Les murs sont sombres. Le mobilier est sombre. Les deux personnes devant moi sont sombres même si je me souviens que l’un des deux tente de sourire aimablement avec un regard de cocker. Je crois me souvenir que c’est le DRH. Le secrétaire général du rectorat parle d’une voix neutre, administrative. Il prononce une phrase, la seule dont je me souviens : « vous êtes radié des cadres de l’Éducation Nationale ».

Toute ma vie vient d’exploser, pulvérisée par une formulation froidement administrative. Cette phrase « vous êtes radié des cadres de l’Éducation Nationale » me vrille le cerveau. Ce n’est pas une vie qui bascule, c’est une vie qui explose en vol. J’ai 49 ans, je suis viré et je ne sais rien faire. Je reprend la route, l’autoroute A75 toujours enneigé, et je rentre à Mende alors que la nuit tombe. Je n’allume pas la lumière dans l’appartement et je reste prostré dans le noir sur mon canapé en faux-cuir bleu nuit. Je n’ai plus de but, je ne vois que le vide devant moi, un vide pourtant rempli d’emmerdes. Alors à quoi bon ?

Et là, je me réveille. Je suis mal. Je me sens mal, je me sens oppressé et je ne me rendors pas…

Depuis le 6 janvier 2006 et cette radiation annoncée, beaucoup de mes nuits ont été hantées par ces souvenirs. Ce ne sont pas des rêves ni des cauchemars, pas des constructions de l’esprit. Mais par facilité, je vais dire que je revis ce « rêve » régulièrement. Je croyais l’avoir enfoui depuis quelques temps et voilà qu’il s’est de nouveau invité dans mes nuits ces dernières semaines…

Lorsque la sanction est tombée, lorsque j’ai remballé mes affaires pour quitter Mende et me réfugier dans un appartement marseillais dont le crédit courait encore sur 13 ans, je savais que je ne serai pas SDF. Je savais que mes parents seraient là. J’ai vite su que j’avais des amis connus et inconnus qui avaient pris fait et cause pour moi mais j’avais devant moi un gouffre inconnu : quoi faire maintenant ? Parce qu’en vrai… je ne sais RIEN faire !

Ces pensées entrent aujourd’hui en résonance avec une formule que j’ai employée plusieurs fois pour parler de ma retraite. J’ai déjà expliqué que je n’avais pas ressenti de sentiment de vide et d’inutilité – au contraire de nombre de personnes que j’ai vues partir à la retraite… L’inaction, l’oisiveté, le farniente ne m’ont jamais fait peur et m’ont toujours permis de bien profiter de mes vacances lorsque j’étais en fonction.

Je n’ai pas ressenti le besoin de m’investir dans une association d’aide aux devoirs, de soutien scolaire, d’accompagnement à la scolarité… Je me suis contenté de faire ce que j’ai toujours revendiqué comme étant une de mes grandes forces, c’est-à-dire RIEN !

Entre ces deux parties de ma vie, le mot « RIEN » est un lien plus fort que ce que je voulais croire.

J’ai fait des études de géographie, jusqu’à la maîtrise. J’ai passé les concours d’enseignement, Capes et agrégation, et je les ai brillamment ratés. Alors j’ai passé le concours de CPE. Et je l’ai réussi. Mais concrètement, sur le marché de l’emploi, c’est quelles compétences, CPE ?

Et puis j’ai passé le concours de personnel de direction. Que j’ai réussi avec le sentiment trouble que j’avais « bluffé » le jury. « Bluffé » dans le sens d’entourloupé, parce que je ne crois pas les avoir émerveillé-époustouflé-conquis par mes « compétences ». J’ai su manier le verbe, j’ai su « causer » éducation-nationale en plaçant au bon moment les mots, les concepts, les références adéquates. Je ne pense pas avoir usurpé ma réussite mais, objectivement, je sais que je suis surtout un beau parleur à défaut d’être un bon théoricien. Et après ?

J’ai dirigé 5 établissements différents mais avec plus d’intuition, de bon sens et de volonté que de compétences avérées, identifiables, évaluables. J’ai su faire mienne et incarner cette citation de Montesquieu qui m’a servi de viatique pendant plus de 20 ans : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux. » Je crois que si j’ai réussi dans mon boulot, c’est parce que j’ai su accepter les compétences des autres, j’ai su faire confiance. Je me suis formé sur certains sujets quand j’ai eu l’impression ou que j’ai compris qu’on cherchait à m’enfumer. Mais si j’ai acquis des « compétences managériales » elles sont le fruit d’intuitions et d’une pratique mais elles ne sont pas sanctionnées par un diplôme. En clair, elles n’existent pas puisqu’il n’y a pas de papier dûment tamponné qui les attestent…

Je m’en suis rendu compte en sortant du rectorat de Montpellier, ce 06 janvier 2006. Je ne savais (et je ne sais toujours) rien faire. Mes seules « vraies » expériences professionnelles, celles qui rentrent dans des cases, c’est garçon de café avec la chemise blanche et le noeud pap’, femme de chambre à Londres et vendeur de papier-peint-et-pots-de-peinture chez Castorama… Quand en février 2006 je me suis inscrit à Pôle-Emploi (puisque je ne savais pas encore si le ministre serait sensible à la médiatisation orchestrée par de belles âmes pour me faire réintégrer) quand je me suis inscrit donc, je n’avais rien à écrire de façon irréfutable dans la case « compétences ». Diriger un lycée ne donne aucune reconnaissance lisible, négociable, monnayable sur le marché de l’emploi.

Pas étonnant finalement que je sois si doué pour l’oisiveté…

Si je fais le bilan de ma vie, je crains de voir une large page blanche. J’ai su m’adapter, j’ai su m’inspirer de ce qui m’entourait, j’ai su dire « oui » à ce que l’on me proposait, mais je n’aurais pas été capable de monter les projets que je validais. J’ai conduit des armées, j’ai gagné des combats mais je ne savais pas manier les armes… Ce n’est que par des intuitions que j’ai « réussi »…

J’ai eu le sentiment, lorsque j’ai entendu « vous êtes radié des cadres de l’Éducation Nationale » qu’on m’enlevait tout ce qui donnait un sens à ma vie. Lucide sur le fait que j’avais que j’ai raté ma vie personnelle, je me suis toujours raccroché à l’idée que sur le plan professionnel, j’avais réussi.

Depuis une semaine, depuis cette résurrection d’un passé que je croyais enterré dans les profondeurs de mes fragilités, j’ai moins de certitudes… Seul parce que je n’ai pas su m’accepter, je ne suis même plus assuré d’être serein quand j’évoquerai ma « carrière »…

Ai-je réussi ma vie ?

Ai-je envie d’une réponse ?

Ce flou que je me suis plu à entretenir jusqu’ici n’est-il préférable… et confortable ?

On va répondre  « oui » à cette dernière question. C’est mieux parce que…

Ce n'est rien
Tu le sais bien, le temps passe, ce n'est rien
Tu sais bien
Elles s'en vont comme les bateaux, et soudain
Ça revient
Pour un bateau qui s'en va et revient
Il y a mille coquilles de noix sur ton chemin
Qui coulent et c'est très bien

Do you hear the people sing ?

Depuis 1974, j’avais 17 ans et donc pas l’âge ni le droit d’exprimer mon avis, je n’ai raté aucun débat d’entre deux tours. Ça fait donc 8 confrontations sur 9 présidentielles (puisqu’il n’y a pas eu de débat en 2002 entre Chirac et LePen père)…

Autant dire que j’en ai entendu des approximations, des promesses, des foutaises, des mensonges et des petites phrases. Je les ai vécus avec plus ou moins d’intensité ces affrontements, ces confrontations, ces face-à-face plus ou moins courtois, plus ou moins feutrés… et généralement peu constructifs.

J’étais évidemment devant ma télé hier soir…

J’avais une certaine inquiétude à l’idée que Marine Le Pen pourrait faire un bon débat. Car l’impact médiatique d’abord et politique ensuite aurait été dévastateur. On nous a tellement expliqué en amont qu’elle avait appris, qu’elle avait préparé, qu’elle avait mûri, grandi, évolué et que les erreurs de 2017 étaient le passé. On avait tellement entendu qu’il était impératif pour elle d’effacer des mémoires le souvenir ridicule de sa précédente prestation.

On avait tellement insisté par ailleurs sur le fait que Macron ne serait plus dans le même fauteuil confortable du newbie… Avec un bilan à défendre ou plutôt avec bilan à occulter.

Et puis…

Et puis à trop vouloir paraître présidentiable, polie, bien propre sur elle et ferme-mais-courtoise, Marine Le Pen a oublié d’être lucide. Après avoir tempêté contre un président-candidat fantôme qui refusait le débat, elle a elle-même oublié hier soir la confrontation. En 2017 elle avait attaqué bille en tête son adversaire à en oublier de parler de son programme… Là, en 2022, elle a tenté de dérouler son programme mais a oublié les arguments les plus évidents pour mettre Macron en difficulté.

Les gilets jaunes ? Seulement évoqués comme la conséquence d’une décision politique et économique. Pas comme le symbole d’une incompréhension et dun fracturation profondes de la société…

Pas d’attaque sur la suppression de l’ISF…

Pas d’attaque sur Benalla et sur les casseroles traînées par certains proches, ministres ou autres…

Pas d’attaque sur la réforme avortée des retraites, c’est-à-dire sur la reculade du gouvernement…

Pas d’attaque sur les simulacres de concertations citoyennes, qu’il s’agisse du Grand Débat et ses « cahiers de doléances » fantômes ou la Convention citoyenne sur le climat et le rejet dans le bac à compost idéologique des 150 propositions qui devaient pourtant être reprises telles quelles par le parlement…

Pas d’attaque sur la gestion chaotique de la pandémie…

Pas d’attaque sur Mc Kinsey…

Comme si, sur tous ces sujets, elle ne sentait pas sûre d’elle et/ou qu’elle craignait des retours de boomerang.

En retour, elle s’est faite attaquer par Macron sur ses relations avec Poutine certes mais surtout sur ses mesures concernant le pouvoir d’achat, sur l’interdiction du voile… C’est-à-dire qu’elle a eu en face d’elle quelqu’un de pugnace qui n’hésitait pas à parler de son propre bilan et à l’assumer et qui s’est payé le luxe de lui faire boire la tasse sur les thèmes que tout le petit monde des observateurs présentait comme ses points forts. Et j’ose confesser que j’ai adoré cet échange concernant le recours au référendum sur la question de l’immigration :

MLP : Vous n'avez pas lu mon projet de loi ! 
EM : Non, mais j'ai lu la constitution !

Autant dire que j’ai été surpris. Pas dépité, évidemment non. Mais j’ai été soulagé de voir un président-candidat – pour qui je vais voter par raison plus que par conviction (contrairement à 2017) – ne pas sortir déchiré, ni même vraiment égratigné de ce débat.

J’ai envie de croire qu’il y aura au moins 10 points d’écart entre les deux candidats au soir du 2ème tour… Mais je crains déjà les commentaires déconnectés et surréalistes des partisans de Macron que je n’imagine pas capables de modestie et de lucidité. Déjà, lors de la soirée électorale du 1er tour j’ai entendu certains macrondolâtres – après qu’Hidalgo, Jadot, Roussel aient appelé clairement à voter Macron et non pas seulement « contre M. Le Pen » – se réjouir que le projet de Macron était approuvé par une majorité de Français. J’ai entendu, j’ai ouvert des grand yeux, j’ai soupiré et j’ai eu envie de leur dire de fermer leurs gueules…

Ben non. Evidemment non. Certes en pourcentage et en nombre de voix, Macron obtient un score supérieur à 2017. Mais à quel prix ?

J’ai trouvé particulièrement stupide (mais est-ce vraiment une révélation) l’arithmétique de ces représentants du R-Haine qui déclaraient le soir du 1er tour que si Macron faisait 28%, c’est que 72% des français étaient contre lui. Que dire alors de leurs 23% et de leur « crédibilité » et de l’adhésion à leurs propositions et à leur vision nauséabonde de la France ? Faut pas manipuler les chiffres sans un minimum d’intelligence et de modestie…

Moi dont le vote ne sera donc pas seulement un vote de « barrage à l’extrême-droite », je crains que la majorité actuelle oublie qu’elle marche sur un champ de mines. Celui d’une France qui s’est sentie bafouée, humiliée et qui n’a pas envie qu’on fasse son bonheur contre son gré. Cette France-là veut qu’on l’entende, qu’on l’écoute et qu’on la respecte.

En tout cas, alors que je fais partie des privilégiés, j’ai envie qu’on ne l’oublie pas cette France « d’en bas », cette France des « sans-dents », cette France des « gens de rien » pour que le prochain quinquennat ne soit pas qu’une série de chiffres, d’indicateurs et de statistiques. Pour que ce prochain quinquennat soit tout simplement mais impérativement plus humain.

Samedi de manifs après samedi de manifs, j’ai fini par garder au fond de moi une crainte sourde dont je ne réussis pas aujourd’hui à me défaire. Non, pas la peur de la révolution, pas la peur du « grand soir » mais – après avoir vu comment les manifs de ces dernières années pouvaient dégénérer, après avoir entendu la violence des propos tenus en particulier contre Macron – tout simplement la peur de mouvements désordonnés, violents et jusqu’au-boutistes de gens qui s’auto-justifient et s’auto-amnistient à coup de « si on ne casse pas, on ne t’écoute pas ». Ce qu’en d’autres temps on appelait « le cri du désespoir »…

La France va mal, ma bonne dame, et c’est pas facile d’être centriste, vous savez ! Et voter Macron au 2ème tour n’empêche pas d’être lucide et exigeant…

Do you hear the people sing?
Singing the song of angry men?
It is the music of the people
Who will not be slaves again!
When the beating of your heart
Echoes the beating of the drums
There is a life about to start
When tomorrow comes!

J’avais rêvé d’une autre vie…

Depuis que j’ai l’âge, j’ai toujours voté. Toujours par conviction. Ou presque…

En 2007, j’avais voté Ségolène Royal, pas par adhésion, mais par rejet viscéral de Sarkozy. En 2017 j’ai voté Macron avec enthousiasme…

En 2022, si je dois qualifier mon vote, ce sera un vote par dépit.

J’ai toujours eu ce qu’on appelle une sensibilité centriste. Centre-droit certes, mais centriste quand même. Ce que beaucoup de « bien-pensants », qu’ils soient de droite ou de gauche, moquent, raillent et caricaturent. Je ne crois pas au manichéisme en politique. Il y a des bonnes idées, des bonnes propositions, des bonnes solutions à droite comme à gauche. Sauf aux extrêmes évidemment. F. Bayrou – pour qui j’ai voté en 2002, en 2007 et en 2012 – a trop souvent été affublé d’une réputation d’invertébré sans conviction alors que de mon point de vue, c’était un visionnaire, un précurseur. Et je me désole de voir les politiques, dont la bouche dégueule de rassemblement et d’unité à longueur de discours, agir toujours de façon partiale, sectaire et dogmatique.

Desproges avait raison de rappeler cette citation de Raymond Aron : « Qu’on soit de droite ou qu’on soit de gauche, on est toujours hémiplégique. » (Même si malicieusement il rappelait que R. Aron était de droite…)

De mon point de vue, l’intelligence, c’était De Gaulle avec des ministres communistes… Hors cohabitations, je trouvais séduisantes les nominations de ministres « de gauche » ou « divers gauche » par Sarkozy. Mais très vite les Bernard Kouchner, Martin Hirsch, Frédéric Mitterrand, Fadela Amara ont été qualifiés de traitres avant ou au lieu d’être jugés sur leur action.

C’est donc pour ça qu’en 2017, voter Macron m’est apparu comme une évidence et un véritable espoir de voir bouger les lignes…

Et puis… Si je devais ne retenir qu’une mesure prise sous la présidence Macron, ce serait la baisse de 5 euros des APL. Parce qu’il y a tout dans cette mesure pour être et rester un symbole. Macron est élu en mai, la mesure est prise en juillet… 5 euros ça parait ridicule, mais c’est pris à ceux à qui au contraire on devrait, on aurait dû donner. Et ça s’est accompagné d’explications et de justifications qui étaient injurieuses, insultantes pour ceux qui osaient se plaindre ou critiquer. Au fond de ma sensibilité « sociale-démocrate », je me suis senti piétiné, bafoué, trahi… Je n’avais pas voté pour ça !

Ensuite il y a plein d’évènements. Des images, des déclarations, des approximations, des contre-vérités mais finalement peu d’hésitations…

Il y a eu des « coups » : le plan Borloo présenté en grandes pompes et enterré aussi sec, le Grand Débat, la Convention pour le climat… Des machins qui ont fait croire, qui ont fait espérer et qui se sont révélés être de vastes enfumages mâtinés de mépris… Faire croire à la démocratie et lui tourner le dos, c’est, dans ma grille de lecture citoyenne à-moi-que-j’ai à la limite de l’impardonnable et de l’insupportable…

Il y a eu des ministres qui m’ont fait vomir : Darmanin, Schiappa, Blanquer, drapés dans leur suffisance, leurs certitudes, leur arrogance et leurs approximations…

Je suis un peu moins négatif sur la gestion de la pandémie car je ne pense pas que quelque politique que ce soit aurait fait mieux. Ou aurait moins hésité. Face à l’inconnu je ne critique pas les erreurs, mais le refus de reconnaitre ses erreurs ou le refus d’assumer ses rétropédalages, oui ! Malgré des fautes de communication évidentes, j’ai le sentiment que Macron a fait le boulot pour éviter le pire au travers de son fameux « quoiqu’il en coûte ». Il l’a dit, il l’a fait. Et le pire a sans doute été évité. Sur le plan économique au moins.

Il y a d’ailleurs beaucoup de questions à se poser sur le comportement et la cohérence d’un peuple français qui passe son temps à réclamer l’interventionnisme (financier) de l’Etat, qui souhaite voir réapparaitre le concept de l’état-providence à coup de chèques et d’aides diverses et multiples (tout en réclamant la baisse des impôts), mais qui vote ou s’apprête à voter pour une droite extrême, ultra-libérale et colbertiste… Une droite héritière du poujadisme, donc située au delà de toute crédibilité humaine, démocratique et économique…

Alors non, je ne suis pas satisfait d’un président qui déclare avoir appris, avoir compris, avoir mûri mais qui, dès qu’un micro se présente… trouve des formules rances et insultantes ou approximatives qu’ensuite il regrette en nous fixant avec son regard bleu. C’est usant de vouloir soutenir Macron… J’étais plutôt intéressé par sa vision de 2017 et son dépassement des clivages partisans. En phagocytant la droite et la gauche de gouvernement, en faisant exploser les partis traditionnels il n’a finalement œuvré qu’au bénéfice des extrêmes. Peut-être que le peuple français est trop cartésien pour accepter l’idée des chemins de traverse et des voies alternatives… Peut-être aussi que Macron a oublié qu’il avait aussi promis de gouverner en s’appuyant sur la gauche plus sociale que dogmatique. Peut-être enfin que les cautions de gauche ont été anesthésiées ou mises dans le formol. On les entend peu, elles semblent impuissantes à infléchir les discours et les décisions… Se souviennent-ils qu’ils étaient à gauche ?

Et puis voilà qu’arrive l’heure du choix… Je viens de passer plus d’une heure à lire les professions de foi reçues ce matin. Même celles des trotskystes irréalistes et celles de l’extrême-droite nauséabonde.

Je ne suis convaincu par aucun programme. Tout est trop beau pour être crédible ou trop souvent (à mon sens) totalement à côté de la plaque… J’exclus par principe les chantres du racisme et de l’exclusion qui promettent que le bonheur peut s’épanouir sur la mesquinerie, le repli, l’égoïsme, la peur et le rejet de l’autre. Je ne peux pas souscrire non plus à des programmes qui me semblent plus marqués par la démagogie, la démesure et la débauche de moyens en tentant de faire croire qu’ils sont capables de dépenser sans augmenter les impôts. Ça vaut pour Pécresse, Hidalgo ou Roussel.

Pour Mélenchon – outre le rejet quasi physique de sa personne – j’ajoute que sa vision d’une France non alignée me paraît fondamentalement imbécile…

Le rare programme qui ne semble pas déconnecté en termes de promesses (parce qu’il y a finalement peu de chiffres dedans) serait celui de Macron. Mais il est tellement creux. Un peu comme une meringue qui est belle sur le présentoir, qui est appétissante, mais qui s’évanouit dès qu’on la croque et qu’on la laisse fondre sur la langue. Je pourrais lui trouver des excuses à cause de la pandémie puis beaucoup plus récemment à cause de l’Ukraine…

Oui, je pourrais… Mais pas vraiment en fait. Quand je lis dans sa profession de foi « Egalité entre les femmes et les hommes : c’était la grande cause du quinquennat qui s’achève, ce sera la grande cause du quinquennat qui vient », j’y vois l’illustration du temps gaspillé ou de l’enfumage…

Reste Jadot. Et je pense que c’est son bulletin que je glisserai dimanche dans l’urne. Certes, j’ai des questions, des hésitations, mais j’ai envie de croire que sa vision peut permettre de faire avancer les choses pour une échéance qui irait au-delà des 5 prochaines années. Je ne vois pas Jadot au second tour, mais j’ai envie que son score soit plus important que ce que prévoient les sondages pour peser peut-être un peu plus dans la balance du prochain quinquennat.

Et le 24 avril, pour le second tour, je voterai Macron. Par dépit… Parce que, quoiqu’on en dise, face à Le Pen ou à Mélenchon, il sera finalement le moins pire.

(P.S. J’ai du mal, mais vraiment beaucoup de mal à imaginer qu’on puisse contribuer à laisser Marine Le Pen s’installer à l’Élysée. Soit en votant pour elle, soit en laissant faire par l’abstention ou le vote blanc…Pour moi, ce sera toujours «Tout sauf l’extrême-droite ». Jusqu’au bout ! )

#mARTch : Une œuvre découverte ce mois-ci

Ah la magie de YouTube… On cherche un truc précis et puis, là, sur la droite, y’a plein de vidéos qui sont proposées, offertes, tentantes… Au bout de deux heures, tu te rends compte que, de clic en clic, tu as vécu dans un monde parallèle, tu as voyagé, tu as rempli tes yeux et tes oreilles de souvenirs et de découvertes…

Et donc j’ai découvert Post Modern Jukebox… Un groupe américain qui fait des covers de succès planétaires en version jazz des années 20, 30 ou 40… C’est magnifique, surprenant, captivant. Un vrai bonheur pour (les) mes oreilles… Enjoy !

C’est sur ces notes de musique que se termine ma participation à #mARTch !

#mARTch : Une œuvre de vous

Une… œuvre ?

Ouh là ! On va faire plus simple et faire un billet dont le thème est « Un truc pas trop dégueu que vous avez fait tout seul ». Et comme je n’ai pas trouzemille compétences, je vais me cantonner à la photo, avec des clichés dont je ne suis pas mécontent.

Un de mes terrain de jeu favori a été, pendant mes années parisiennes, le défilé de la gay pride. A défaut de draguer, j’ai photographié plein de gens avec une prédilection pour ceux et celles qui osaient jouer avec les codes et les lignes du politiquement correct, les « créatures », les drag queens, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Je n’ai jamais fait de photo « posée », j’ai toujours aimé le côté « instant volé » tellement plus révélateur…

Demain le #mARTch du jour aura pour thème : « Une œuvre découverte ce mois-ci »

#mARTch : Un art vivant peu connu, originaire d’un pays lointain

L’intitulé du jour est hyper contraignant et très pointu… Je ne suis pas spécialiste des arts vivants (iil a fallu que j’aille voir ce que recouvrait le concept). Quant à la mention « pays lointain », je l’interprète à ma façon en allant voyager, loin, très loin, du côté de l’heroic fantasy et de l’imagination…

Je n’ai pas vu ces « machines » en vrai mais ce que j’en connais parle bien à ma sensibilité. Les Machines de l’Ile, nées de l’imagination folle et fantasque de François Delarozière et Pierre Orefice, à Nantes, sont fabuleuses d’inventivité, de technique, d’imaginaire et de poésie…

Demain le #mARTch du jour aura pour thème : « Une œuvre de vous »

#mARTch : Une composition pour piano

Je triche peut-être un peu parce que, ce que l’on retient toujours de Rhaposdy in Blue, c’est le glissando à la clarinette en ouverture… Mais la partie piano est magistrale, portée par la richesse de l’orchestre…

La première fois que j’en ai pris conscience, c’était en écoutant (et en regardant) les sœurs Labèque qui en jouaient une version pour deux pianos, sans orchestre. J’étais bluffé, mais je préfère cependant la version symphonique, ici interprétée par Khatia Buniatishvili et l’Orchestre National de Lyon.

Demain le #mARTch du jour aura pour thème : « Un art vivant peu connu, originaire d’un pays lointain »