Dans quel état j’erre…

Evidemment, quand quelqu’un me demande « comment ça va ? » je réponds toujours positivement.
Un peu par habitude.
Un peu par politesse.
Beaucoup par pudeur.
Parce que je n’ai pas envie d’avoir à répondre à des questions, parce que je n’ai pas envie de raconter ce qui ne va pas, parce que j’ai un peu de mal à identifier clairement ce qui ne va pas si bien que ça…

C’est un peu comme si, à l’instar du « baby blues », je faisais un « work blues » en retard. Non pas que le travail, ou plus exactement les contraintes du travail me manquent, mais l’effervescence, les rencontres, les échanges, les sourires partagés, tout ce qui faisait le bonheur de mon monde du travail, tout ça n’existe plus.
Sauf dans mes souvenirs.
Ce qui est bizarre, c’est que ça arrive au bout de trois ans, parce que oui… ça va faire trois ans que je suis retraité. Mais le covid a gommé le sentiment de vide en le remplaçant par des soupirs de soulagement quand je pensais à tout ce à quoi j’avais échappé comme emmerdements à gérer…

Et puis ça fait trois ans que maman est partie. Avec le recul, je comprends que j’aimais bien les 500 kilomètres aller-retour que je faisais un samedi sur deux pour aller la voir, la serrer dans mes bras, profiter de son sourire qui illuminait son visage ridé et donnait à ses yeux bleus un éclat particulier.
Je n’allais pas « m’occuper de ma vieille mère » j’allais partager des instants de complicité fugaces et futiles mais indispensables… J’aimais l’entendre râler sur le fait que je devais avoir autre chose à faire, que je ferais mieux de me reposer, que ce n’était pas raisonnable de venir la voir alors qu’il y avait le téléphone.
Et puis l’entendre me glisser à l’oreille, au moment où je partais, que j’étais « un bon petit ».
Fin août 2019, elle m’avait dit – en essayant de masquer ses craintes inavouées – que ce ne serait pas pareil, que ce ne serait plus aussi simple quand je serais à la retraite. Je lui avais montré que j’avais tout sur mon téléphone : j’avais déjà mis en favoris les horaires de train Marseille-Béthune, j’avais les infos pour une carte d’abonnement… Ses yeux étaient tout à coup devenus plus brillants. Non ce n’étaient pas des poussières, c’était l’émotion qu’elle tentait de contenir.
J’ai compris à ce moment là qu’il y avait la crainte sourde d’être seule, isolée, privée de « son petit ».
Et puis voilà, un mois plus tard, elle partait… Elle ne m’a jamais connu comme proviseur retraité.

Aujourd’hui, ma vie se résume à des cafés pris le matin avec mon frangin et d’autres pris tout seul sur le Vieux-Port. Mis à part ma meilleure amie que je vois régulièrement pour aller marcher et parler de tout et surtout de rien, je ne parle qu’aux serveurs de mon café favori. Et puis des courses hebdomadaires le mardi vers 13h30-14h00 à une heure où il n’y a pas trop de monde…

Je ne suis pourtant pas seul : je souris et je parle à Asgård, mon chat. Le moindre changement dans ses routines m’inquiète. Pourquoi reste-t-il si souvent, seul, dans le débarras pas éclairé ? Pourquoi n’a-t-il pas mangé sa pâtée ? Pourquoi reste-t-il sans bouger, le regard fixe, pendant des heures devant la porte fermée ? Pourquoi n’accepte-t-il pas rester dans mes bras pour que je le câline ?
Je suis devenu un vieux pépère-à-chat inquiet…

Je regarde régulièrement l’état d’avancement du chantier de mon futur chez-moi. La date de livraison a été reportée d’un trimestre… Ce n’est pas beaucoup, mais psychologiquement passer de fin 2023 à 2024, ça compte.
Je rêve de ma future terrasse, orientée sud-est.
Je tente d’imaginer déjà ma future cuisine. Et la couleur du mur du fond de ma chambre. Pour le moment c’est le bleu cobalt qui tient la corde… Mais il y a quelques mois j’étais plutôt sur un « terre brûlée ».
Je repense à cette remarque formulée par Laurent sur twitter : « Être propriétaire pour nous n’a pas de sens car pas de descendance. Si nous avons un pécule, un jour qui sait, nous lèguerons à des associations. » C’est vrai, c’est logique… Et pourtant je me suis lancé. Je suis déjà propriétaire, j’ai 65 ans, je suis seul alors pourquoi ? Peut-être parce que c’est une façon de me dire que j’ai encore du temps devant moi… J’ai décidé de prendre rendez-vous chez un notaire pour enregistrer un testament. Que mon « patrimoine » serve à une ou deux associations. Reste à définir lesquelles…
J’ai encore, logiquement, du temps devant moi… Mais du temps pour quoi faire ?
Attendre, avec mes souvenirs et mes manques comme coussin sur lequel je dépose ma solitude.

Un jour, je vais mourir. Peut-être que ce sera alors que je me prélasse sur ma terrasse, au soleil, avec la musique qui m’accompagne… Ça serait chouette…Dans ma bibliothèque iTunes, il parait que j’ai plus de 9 jours de musique ininterrompue…

Les premières personnes susceptibles de s’inquiéter pourraient être ceux qui me suivent sur twitter quand ils ne liraient pas une fois, deux fois ou trois jours à la suite, mon « bonjour les gens » accompagné de la photo du sourire d’un beau garçon. Parce que je ne vois pas mon frangin tous les jours, ni Ghislaine… Je peux rester plusieurs jours sans adresser la parole à un humain. Et non… Ça ne me manque pas plus que ça… J’ai passé ma vie à communiquer. Parfois par choix, par conviction, souvent par obligation. Alors me taire, c’est un challenge reposant.

Un jour je vais mourir, j’y pense presque tous les jours. Je mourrai seul, puisque ma vie n’est plus balisée par les échanges directs, les rencontres et les rires partagés dans la vraie vie…
Je vais mourir en ayant eu le temps je l’espère, de profiter des plaisirs égoïstes que je m’offre aujourd’hui pour croire que je peux repousser l’échéance du vide, pour échapper au « rien » qui m’habite et me hante.

Mais à part tout ça, ça va bien merci !

Une seule question m’affecte, qui s’occupera de mon chat ?

(C’est bizarre, la narration et le déroulé de ce billet m’ont totalement échappé…)

Barbra Streisand – I don’t know where I Stand
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Papa, can you hear me ?

C’était en avril 92… J’avais réussi le concours de personnel de direction. Étant en poste et habitant Avignon, je l’avais annoncé à mes parents au téléphone, eux qui habitaient près de Béthune. Quand je suis allé les voir, début juillet, après les premiers bisous et mots échangés, Papa a posé sa main sur mon épaule et m’a simplement dit « Je suis fier de toi ! » J’ai bien vu qu’il avait les yeux qui brillaient un peu plus que d’ordinaire : il était ému… Et moi aussi.
Papa était ce qu’on appelle un « taiseux ». pas très expansif… pudique. Peu de mots, mais tant d’intensité et d’amour dan ses paroles.

En janvier 2006, la sanction était tombée. J’étais révoqué, foutu à la porte de l’éducation nationale… L’affaire avait gonflé dans ce qu’on appelait alors la « blogosphère ». Les médias allaient en parler et mon nom allait être jeté en pâture. Mon nom et mon homosexualité. Alors j’ai pris le téléphone. Et j’ai tout raconté à mes parents. Je me souviens (douloureusement) de mes premiers mots : « Papa, Maman, je vous ai menti… » J’ai raconté la suspension depuis 3 mois, le mensonge de mon insouciance lorsque j’étais venu les voir pendant les vacances de noël… et je leur ai dit que j’aimais les garçons…
Quelques jours plus tard j’étais à la maison. J’ai eu le soutien total de mes parents, qui m’ont reproché seulement d’avoir tardé à leur parler… Je leur ai expliqué le blog, l’atteinte à la dignité de la fonction, j’ai parlé de ma solitude et du réconfort que j’avais pu trouver dans les bras des garçons… Alors que j’étais monté dans ma chambre, papa m’a rejoint. Une fois encore, il m’a pris par les épaules et m’a seulement dit « tu sais, fille ou garçon, c’est important d’aimer et d’être aimé… » et il est ressorti.

Papa, orphelin de père à 5 ans. Papa, ancien militaire. Papa qui avait fait ses études dans un petit séminaire de Bretagne. Papa qui cochait toutes les cases pour être réac’ et qui était si attentif aux autres, si naturellement aimant.
Papa n’était pas « démonstratif » mais une des images les plus anciennes que je garde dans ma mémoire, c’est celle de sa main droite, quittant le volant de la voiture, quelle que soit la destination et la durée du trajet, pour se poser sur celle de maman en lui murmurant « je t’aime »…
Papa est parti il y a 12 ans, mais il est toujours là, bienveillant…

Ma vie est un juke-box – Épisode 30

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Fin du parcours… Un survol qui m’a permis de faire remonter des souvenirs, des étapes, des moments parfois drôles (pour moi), émouvants (pour moi), peut-être futiles ou inintéressantes pour ceux/celles qui auront eu la curiosité et/ou la gentillesse et l’indulgence de me lire… En tout cas, derrière tous ces souvenirs il y a de l’amour, reçu ou donné… Des souvenirs pleins d’amour que je garde précieusement au fond de moi…

  • 1961 – Moreno : La Marmite
  • 1964 – Barbara : Dis quand reviendras tu ?
  • 1968 – Higelin/Fontaine : Cet enfant que je t’avais fait
  • 1969 – Moustaki : Le facteur
  • 1971 – Lama : Vivre tout seul
  • 1971 – Marley : Sun is shining / Easy skanking
  • 1971 – Streisand : One less bell to answer / A house is not a home
  • 1972 – Pagani : Megapocalypse
  • 1972 – Polnareff : Tout tout pour ma chérie
  • 1973 – Le Forestier : Février de cette année-là
  • 1973 – Sardou : Les vieux mariés
  • 1977 – Presley : Way down
  • 1977 – Minelli : NewYork NewYork
  • 1978 – Commodores : Three times a lady
  • 1978 – K Bush : The man with a child in his eyes
  • 1978 – Essex : Oh what a circus
  • 1980 – Abba :The winner takes it all
  • 1983 – Birkin : Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve
  • 1983 – Balavoine : Partir avant les miens
  • 1984 – Dufresne : Je voulais te dire que je t’attends
  • 1988 – Serra : The big blue
  • 1996 – Dessay : Pâle et blonde
  • 1997 – Radiohead : Exit music (for a film)
  • 2004 – Tri Yann : Bro gozh ma zadoù
  • 2009 – A. Keys : Empire state of mind
  • 2010 – Farmer : Diabolique mon ange
  • 2010 – Giorgios Alkaios & Friends : OPA !
  • 2013 – Hozier : Take me to church
  • 2016 – Souchon : Et si en plus y’a personne
  • 2019 – Lizzio : Juice

Il y aurait plein d’autres chansons à citer, des chansons dans lesquelles je me reconnais… Mais de là à en faire des repères marquants… Et puis tout n’est pas avouable !

Je vais terminer cette évocation avec une chanson dont je détourne un peu le propos, car je n’ai pas l’âme d’un militant, d’un rebelle, encore moins d’un révolutionnaire… Mais je me souviens des yeux humides de Maman quand elle l’entendît pour la première fois en 1976… Elle trouvait que c’était un des messages les plus puissants qu’une mère pouvait adresser à son enfant, massage de confiance et d’espérance…

Juliette Gréco – Mon Fils Chante

Et puis, puisque je me suis si souvent caché derrière les mots des autres, merci à Sinatra pour ce « résumé » et cette « épilogue »…

But now the days are short
I'm in the autumn of the year
And now I think of my life as vintage wine
From fine old kegs
From the brim to the dregs
It poured sweet and clear
It was a very good year

Ma vie est un juke-box – Épisode 29

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Breton du côté de Papa, normand du côté de Maman… Mais en fait, c’est Maman qui était la plus farouchement attachée à la Bretagne à la maison…

Quand Papa est parti (ça fera 12 ans dans quelques jours) la cérémonie religieuse a été organisée sous l’égide des Charitables, la confrérie traditionnelle de Bethune qui accompagne traditionnellement les familles dans la peine, lors des cérémonies. Cette tradition existe depuis le XIIème siècle, et quelle que soit l’origine sociale des familles, les Charitables sont là…

L’organisation de la cérémonie religieuse s’est faite à la maison. Le choix des textes, des prières, des chants…
Pour la sortie de l’église, on a demandé à Maman quelle serait la musique choisie… Sans hésiter, Maman a choisi « Bro gozh ma zadoù ». Le seul sourire de la journée fut de voir l’inquiétude du représentant des Charitables qui craignait que retentisse dans l’église une musique… décalée. Il fut rassuré quand Maman précisa qu’il s’agissait de l’hymne breton. Il ne connaissait pas, mais « hymne » c’est un mot qui le rassurait…

9 ans plus tard, il a semblé évident, pour mon frère comme pour moi, qu’on ferait tout pareil : Papa et Maman unis symboliquement jusque dans les détails de la cérémonie. Et nous avons eu droit aux mêmes sourcils froncés quand on a annoncé que « Bro gozh ma zadoù » accompagnerait les Charitables portant le cercueil de Maman hors de l’église…

Dans l’idéal, le jour où je serai dans la boite, j’aimerais bien que cette musique retentisse une fois encore…

Tri Yann – Bro Gozh Ma Zadoù
Nous, Bretons de cœur, aimons notre vrai pays!
Renommé est l'Armor à travers le monde.
Bravement au milieu de la guerre, nos pères si bons,
Versèrent pour elle leur sang.
Refrain : 
Ô Bretagne, mon pays, j'aime mon pays,
Tant que sera la mer comme un rempart autour d'elle,
Sois sans chaînes mon pays !
Bretagne, terre des vieux saints, terre des bardes,
Il n'y a pas d'autre pays au monde que j'aime autant.
Chaque mont, chaque vallée, à mon cœur est superbe,
Là repose plus d'un Breton ardent !
(Refrain)
Les Bretons sont des gens robustes et forts;
Il n'y a pas de peuple plus courageux sous les cieux.
Complaintes tristes, chansons charmantes germent là,
Ô que tu es beau, mon pays !
(Refrain)
Si la Bretagne a été vaincue dans les grandes guerres,
Sa langue est toujours aussi vivante que jamais.
Son cœur ardent bat encore dans sa poitrine,
Tu es désormais réveillée, ma Bretagne !
(Refrain)

Ma vie est un juke-box – Épisode 28

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Orléans. Hostens. Gujan-Mestras. Sarcelles. Saint-Dizier. Apt. Et, la carrière militaire de Papa s’étant terminée, installation à Béthune.
De mon côté, quand mes parents ont quitté Apt, j’ai occupé pendant 2 ans une chambre en Cité U à Aix-en-Provence. Et puis j’ai habité L’Isle-sur-Sorgue. Bruay-en-Artois. Sarlat. Avignon. Saint-Étienne. Bordeaux. Le Havre. Mende. Ste-Geneviève-Des-Bois. Châtenay-Malabry. Cergy. Marseille près de la Timone, avant de déménager, dans un an et demi, à Marseille – Saint Loup…
Ça fera 20 déménagements…

Mes parents ont pu imaginer acheter une maison quand Papa a quitté l’armée. Ce fut un coup de cœur pour une maison de village, proche de Béthune, une maison avec un jardin, une cave et un grenier. Et des lilas devant la porte… La maison fut baptisée « la Barbelotte », c’est à dire « la coccinelle » dans le patois normand…

Quelques années après l’achat de cette maison, mes parents apprirent que la mairie avait fait le choix de mettre la route qui passait devant chez eux « aux normes ». Cela supposait d’empiéter sur le jardin devant la maison, de casser le muret et la grille mais surtout de couper les lilas. Maman a eu l’idée (et le culot) d’inviter le maire à la maison et de lui faire voir et respirer les lilas qui, à cette saison, étaient encore en fleurs. Après cette visite, la route fut refaite mais bizarrement, le muret ne fut pas détruit. Le trottoir ne fait que 70 cm de large devant la maison, alors que la largeur minimale fixée par la loi est d’1,20 mètres. Mais c’est vrai que la rue n’est pas très passante…

Maman avait un rêve depuis toujours : avoir un grenier et pouvoir garder « des trucs », en quelque sorte construire une maison avec des souvenirs…

Au moment de vendre la maison en novembre 2019, mon frère et moi avons décidé de récupérer deux ou trois choses « symboliques ». J’ai en particulier récupéré la barbelotte en céramique qui était fixée sur le mur, à l’entrée de la maison… Mais tout le reste a été confié à une entreprise qui « vide les maisons » et envoie tout à la déchetterie.
Toute la vie, la mémoire « physique » de notre famille a disparu en deux jours… Même si « raisonnablement » il n’était pas possible de faire différemment, savoir que des étrangers jetaient à la benne meubles, bibelots et souvenirs a été (et reste) un crève-cœur dont je ne suis pas totalement remis…

Pour ma part, mes déménagements successifs m’ont appris à faire régulièrement le tri dans les trucs et machins qu’on accumule et qu’on garde, au cas où… jusqu’au moment où on s’aperçoit qu’on les a laissés pendant 3 ans dans un carton et qu’on n’a pas ressenti de manque…
Lorsque j’ai quitté Cergy pour m’installer définitivement à Marseille, je me suis trouvé dans l’obligation de faire du tri, des choix, de prendre la décision de me débarrasser d’un certain nombre de choses que j’avais en double. Le lit, des fauteuils, l’électro-ménager… mais aussi des cartons pleins de livres… Je me suis débarrassé de tous les bouquins liés à l’actualité que j’avais entassé sur mes étagères, des livres dont l’intérêt était devenu nul en 2019… Je me suis séparé de plus de 50% de mes bandes dessinées (que j’ai déposées au CDI de ce qui allait devenir mon ex-lycée)…

Je me suis refait ici, à Marseille, un cocon, un chez-moi plein de livres, de CD et de DVD ici à Marseille, un chez-moi avec une grande télé et des équipements audio de qualité, en me disant qu’il va bientôt falloir tout remettre dans des cartons. J’ai un chez-moi que je n’imagine pas autrement que « temporaire » parce que je n’ai pas l’ambition de laisser des souvenirs. Fort égoïstement, je me suis lancé dans un projet immobilier pour passer les dernières années de ma vie confortablement, avec une terrasse au soleil… Le reste m’indiffère un peu. Il n’y aura sans doute personne à qui transmettre un « héritage ». Je laisserais derrière moi un logement, pas un chez-moi…

A chair is still a chair, even when there's no one sittin' there
But a chair is not a house and a house is not a home
When there's no one there to hold you tight
And no one there you can kiss goodnight

Ma vie est un juke-box- Épisode 27

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Évoquer les vacances, quand j’étais gamin ou ado, c’est forcément parler de vacances au camping, avec mes parents.
Enfin… pas forcément au camping, mais en tout cas sous la tente. A l’époque il y a avait des tas de possibilités de faire du « camping sauvage », et c’était le choix des parents. La plupart du temps, on s’installait dans un champ, avec l’accord des propriétaires évidemment. La tente montée sous les directives paternelles, les animaux, chiens, chat, perroquets pouvaient prendre leurs aises au bout d’une corde ou d’un chainette plus ou moins longue, mais toujours bien fixée. Et pendant que Papa et Maman finissaient d’aménager la tente, on s’éloignait un peu, mon frère et moi, pour tenter d’échapper aux corvées.

Les meilleures vacances dont je garde le souvenir c’était en Bretagne, sur la presqu’île de Quiberon. On était proches du hameau de Kerhostin, mais plus proche encore de la mer…

Je me souviens des levers très matinaux, et, à peine sortis de nos sacs de couchage, de la course avec mon frère vers la petite plage pour le premier bain de la journée, pendant que Papa et Maman préparaient le petit déjeuner.
Je me souviens des bols et des assiettes en plastique bleu épais sur lesquels on avait fait des marques au couteau pour les reconnaitre : chacun son bol, chacun son assiette…
Je me souviens de l’outre en tissu imperméabilisé, suspendue à un trépied, qu’il fallait aller remplir, à quelques centaines de mètres, au robinet dans la cour du paysan qui nous prêtait son champ. Et ça pèse lourd 20 litres d’eau, même à 2. Ça pèse lourd et ça part vite entre les ablutions et la vaisselle… Déjà à l’époque on faisait attention à ne pas gaspiller l’eau !
Je me souviens des survols quotidiens d’hélicoptères car nous étions à côté du Fort de Penthièvre et des terrains d’entrainement de l’armée de terre… mais ça ne nous gênait pas, on était libres et tranquilles dans notre champ…

En revanche, je ne me souviens pas d’une grosse tempête, une nuit de juillet, avec de la pluie, du vent, des éclairs et du tonnerre. La veille, on avait entendu cette information à la radio. Alors on avait creusé des rigoles tout autour de la tente pour éviter d’être inondés. On avait transporté des madriers en bois, récupérés sur les bas-côtés de la voie ferrée toute proche. Papa les avait disposés tout autour pour bien fixer le bas de la toile de tente. Quand je me suis réveillé, le matin, tout le monde était déjà debout, en train de nettoyer et de sécher les affaires qui avaient été salies pendant l’orage. La seule preuve que j’avais que la nuit avait due être spéciale, c’est que un de nos deux chiens s’était glissé contre moi, dans mon duvet, blotti, au chaud, trop heureux de l’aubaine. Tout le monde a compris ce jour-là que quand je dors, je dors…

Je me souviens que c’est cette année-là que mes parents sont restés éveillés toute la nuit pour vivre en direct, à la radio, le premier pas de l’homme sur la lune… (Moi j’ai bien dormi, merci…)

Je me souviens qu’on avait un transistor qui crachotait les informations mais aussi les chansons du hit-parade. C’était l’époque où il y avait des « tubes de l’été » que les radios diffusaient en boucle…
Je me souviens des parties de cartes en fin d’après-midi, tous les quatre réunis autour de la petite table de camping pliante… pendant qu’à la radio, RTL diffusait son hit-parade…
Je me souviens de cette chanson de Michel Polnareff, qui me rendait hystérique quand je l’entendais et que je chantais à tue-tête… C’était en 1969.

Ma vie est un juke-box – Épisode 26

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Quand j’étais gamin j’ai appris que la « nuit du 04 Août » c’était la date où furent abolis les privilèges. C’était en 1789…
Mais dans l’histoire familiale, le 04 août, c’est la date anniversaire du mariage de mes parents. C’était le 04 août 1955. Je me souviens de l’effarement amusé de Maman quand, alors que j’avais 8 ou 10 ans, j’ai fait le parallèle entre les deux dates… Toujours (et déjà) un peu spécial, mon humour…

En 1995, pour la première fois, Papa et Maman avaient décidé de marquer le coup et de fêter cet anniversaire, avec la famille installée en Bretagne… Mais c’est vrai que ce n’était pas rien : c’étaient les 40 ans de mariage, les noces d’émeraude.
A cette occasion j’ai embarqué mon frère dans mon délire : offrir un beau voyage à nos parents. Ce fut la Guadeloupe. 10 jours, tous frais payés. J’avais même poussé ma petite folie jusqu’à prévoir une enveloppe « d’argent de poche » pour toutes les dépenses possibles, prévisibles ou pas : les boissons, les glaces, les extras, les pellicules photographiques et leur développement, les souvenirs… Vraiment le voyage tout compris. J’avais convaincu mon frère de faire comme si on inversait les rôles : c’était nous « les parents » et il n’était pas question qu’il y ait des faux frais ou des regrets parce que « on ne peut pas se le permettre ! »

Lors de cette réunion familiale, alors qu’on allait découper le gâteau d’anniversaire, mon frère et moi nous sommes levés, ma marraine a discrètement appuyé sur la touche Play du radio-cassettes que j’avais caché sous ma chaise et tous les deux, nous avons chanté une version légèrement et maladroitement modifiée de la chanson de Sardou, « Les Vieux Mariés ».

On fête ensemble les vieux mariés
Vos deux enfants sont heureux, même loin de vous
Ce soir il nous vient une idée
Si vous pensiez un peu à vous
Un peu à vous
Vous vous êtes toujours beaucoup aimés
Mais sans un jour pour vraiment s'occuper de vous
Alors il nous vient une idée
Si vous partiez comme deux vieux fous
Comme deux vieux fous
Vous logeriez à l'hôtel
Vous prendriez le café au lit
Ce serait dans un p'tit hôtel
Dans un joli coin des Antilles…

Et pendant qu’on chantait, Papa et Maman, les larmes aux yeux, découvraient les billets d’avion et la réservation de l’hôtel…

Voilà… 40 ans de mariage qui se sont, année après année, transformés en 55 ans, jusqu’au départ de Papa un 16 août funeste… Pendant les 9 ans qui ont suivi, j’ai fait livrer, tous les 04 août, un bouquet de roses à Maman, après lui avoir expliqué que c’était de la part de Papa… J’ai fait ça jusqu’en 2019.

Maintenant, Maman est partie rejoindre son « doudou » comme elle disait, et ils fêtent aujourd’hui, quelque part, là-haut, leurs 67 ans de mariage…

Michel Sardou – Les Vieux Mariès

Ma vie est un juke-box – Episode 25

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué /accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

C’était la grande époque des blogs. Au détour des cercles de relations que l’on se construisait les uns et les autres, les blogrolls comme on disait alors, j’ai découvert en vidéo une prestation de Natalie Dessay… Elle interprétait « Vorrei spiegarvi, oh Dio ! » de Mozart… Ce fut un éblouissement.

Natalie Dessay – « Vorrei spiegarvi, o Dio« 

Je ne suis pas mélomane, ma culture opératique se limite aux grands classiques, qu’il s’agisse des airs célèbres de Carmen, de Faust, d’Aïda, de La Flute Enchantée ou de Turandot… Quelques voix m’ont marqué et, là encore, on est sur du connu : Callas, Caballe, Edita Gruberova, Pavarotti…
Je suis sensible à l’émotion que me transmettent les voix et il est rare que j’écoute plusieurs versions d’une même oeuvre par différents artistes… J’ai découvert « O mio babbino caro » chanté par Angela Gheorghiu et j’ai été ému. D’autres versions que l’on m’a fait écouter (même Callas ou Caballe) ne m’ont pas touché autant…
C’est la même chose pour « Nessun Dorma » dont je n’imagine pas qu’il puisse être interprété de façon plus bouleversante que par Pavarotti…
Je suis donc resté bloqué sur les interprétations de Natalie Dessay, qu’il s’agisse des airs de concert de Mozart, des airs d’opéras italiens ou français qu’elle a pu enregistrer. (Je suis resté en revanche totalement froid sur ses enregistrements de musique baroque…)

SI j’évoque Natalie Dessay, c’est aussi pour évoquer le souvenir d’une rencontre magique, celle de Kozlika…
On se connaissait par blog interposé… Et puis un jour de janvier 2006 elle a pris fait et cause pour moi lorsque j’ai été suspendu à cause de mon blog, elle a joué le rôle de « lanceuse d’alerte » comme on dirait aujourd’hui en lançant une chaine de diffusion des « billets pornographiques » que j’étais censé avoir écrit…
Je viens de relire le billet qu’elle écrivit à l’époque et ce qui me touche encore aujourd’hui, outre le fait qu’elle prenne fait et cause pour moi avec autant de feu, c’est qu’elle avait le souci de ne rien faire qui aille contre ce que j’avais décidé de faire et la façon dont j’allais vivre cette épreuve…
Kozlika, Eolas, Embruns… Et toute une chaine de soutiens qui se sont révélés avec des vrais visages, des vrais noms et des vraies personnes derrière des blogs…Sans eux…

Alors que j’étais suspendu dans mon « exil professionnel » Kozlika m’a invité chez elle, elle avait des places pour aller voir un récital de Natalie Dessay sur scène, en duo avec Rolando Villazon. Eblouissement, émerveillement, nuages…
Et si je me souviens bien, c’est à cette même occasion qu’un dimanche après-midi, assis sur des coussins par terre, on a regardé ensemble le DVD du Hamlet d’Ambroise Thomas (il me semble que Virgile_ – qui s’appelait Finis Africae à l’époque – était présent d’ailleurs…)
Natalie Dessay est donc indéfectiblement liée à des moments d’amitié, rares et précieux.
Ma vie est un juke-box certes, mais avec des morceaux de musique classique et d’opéra dedans !

Natalie Dessay – Pâle Et Blonde (Hamlet)