Tempête sous un crâne

Il était une fois une tempête sous mon crâne…

Comment ne pas me sentir concerné par cette effroyable actualité, l’assassinat d’un prof, Samuel Paty (c’est important qu’on se souvienne de son nom) à cause de la façon dont il exerçait son métier…

Au delà de l’horreur, je n’arrête pas de me poser des questions autour de la liberté d’expression. Alors que l’on se plait à rappeler que la langue française, dans sa complexité, est la plus précise du monde, ce concept est devenu un des plus troubles.

Si je résume, maladroitement, défendre le droit de publier des caricatures comme le fait Charlie-Hebdo, c’est défendre la liberté d’expression. Condamner Zemmour et ses propos, c’est limiter la liberté d’expression. Et pourtant dans ma tête c’est clair : Charlie, je valide, Zemmour, je condamne. Mais ce qui se passe dans ma tête, ce n’est pas la Loi.

Évidemment il y a des garde-fous, des lois anti-discrimination, pour condamner l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie… Mais finalement cela montre bien que cette notion de liberté est toute relative mais surtout qu’on a laissé le temps et les « argu-menteurs » lui donner un contour flou. Et c’est de cela que le poison communautariste se nourrit. Il y longtemps de ça, au moment de la guerre d’Irak, les médias rapportaient déjà l’incompréhension de certains élèves qui questionnaient ce qu’ils appelaient l’émotion à géométrie variable selon qu’il s’agissait des arabes ou des juifs…

Si je ne parle que de ce que je connais un peu, l’Éducation Nationale, je n’ai jamais eu d’état d’âme à rappeler que l’enceinte d’un lycée est un no-man’s land pour l’expression des convictions personnelles, qu’elles soient religieuses ou politiques. Ou alors il faut accepter qu’elles fassent débat.

J’ai le souvenir précis de cette mère d’élève qui était venue se plaindre de la définition de la « tenue professionnelle » que l’on demandait aux élèves de revêtir, un jour par semaine, dans un lycée « vente et secrétariat » que je dirigeais. Je refusais de considérer que le hijab pouvait cadrer avec la définition d’une tenue « professionnelle ». Cette dame était donc venue au lycée et avait refusé de serrer la main que je lui tendais en entrant dans mon bureau. Devant mon air surpris elle avait précisé « dans ma religion, une femme ne touche pas un homme ».

« Madame, dans un pays musulman vous trouveriez normal que je me plie aux lois ou recommandations en vigueur… Oui ? Alors ici c’est l’école de la République, laïque ,et je la représente. Permettez moi donc d’attendre de vous voir en accepter les us et coutumes, sinon… ce sera au revoir madame ! et je ne vous recevrai pas… »

Elle est donc partie, évidemment sans me serrer la main, mais en me menaçant de me dénoncer à l’Inspection. J’ai évidemment moi-même rédigé un mémo à l’attention de ma hiérarchie. Qui a accusé réception en me demandant de les informer au cas où d’autres incidents… Une simple question de statistiques donc. C’était en 2007. Et le sujet de deux mondes qui se côtoyaient, l’un se voulant laïc, l’autre se proclamant religieux était déjà sensible…

C’est à dessein que j’écris « l’un se voulant… l’autre se proclamant… » Des hésitations constantes, permanentes d’un côté… des affirmations fortes de l’autre. Un peu comme était l’Inquisition au XVème siècle : une religion dont les décisions primaient sur la vie des hommes mortels, roi compris. Des décisions que nul ne songeait ou n’osait contester. Un monde caractérisé par l’absence d’éducation, mis à part une éducation sélective portée par les religieux…

Et puis sont venus ceux que Péguy nommera les « hussards noirs de la République ». Bien sûr il y avait une référence à l’uniforme porté par les instituteurs. Leur mission : assurer l’instruction obligatoire, gratuite mais surtout laïque de tous les enfants. Les arracher à la main-mise de l’Eglise. Et le terme de « hussard » n’était pas choisi au hasard : il faisait référence cet escadron de cavalerie créé en1793 pour combattre et défendre la jeune première République française. Ces instits-là avaient une mission : instruire et inculquer les valeurs républicaines, Liberté, Egalité, Fraternité.

Combien de temps faudra-t-il pour qu’on ose proclamer et faire revivre officiellement dans les programmes cette noble devise qui semble dépérir au fronton de nos écoles. Il est là le « vivre-ensemble » dont on nous rebat les oreilles. Vivre ensemble sur des valeurs communes indiscutables, au risque de taire certaines de nos différences qui feront la richesse d’autres lieux d’échanges. Nombre de nos dirigeants ont sans doute , depuis trop longtemps, voulu composer avec des exigences contradictoires. Au mépris de principes simples que certains pédagogues refusent de réhabiliter. Ceux-là même qui sont planqués dans des bureaux, qui réfléchissent entre gens de bonne même composition et qui pondent des circulaires dont le moindre mot est pesé pour éviter de délivrer un message clair et univoque. Sur le terrain, c’est le règne , que dis-je, le triomphe du démerdez-vous ! Et s’il y a un problème, c’est que vous avez mal lu, mal compris, mal agi…

J’ai toujours pensé que si l’astrologie avait besoin d’une preuve de sa pertinence, il suffisait de regarder la date de naissance de la Vème République : le 04 octobre 1958. Balance, la république est née sous le signe de la Balance… La Balance est connue pour son indécision, car elle veut faire le tour d’une question avant de se décider. Trancher lui pose toujours problème, car cela suppose de mettre un aspect de côté pour en adopter un autre, et en tant que signe du lien, il lui faut ajouter et non soustraire.

Trêve de plaisanterie. S’il y a aujourd’hui une tempête sous mon crâne, si on est emporté par un orage, plein de fureur et de bruit, c’est à cause de l’inconnu, de l’imprécision, de l’hésitation, du flou qui nous entoure alors qu’on attend du réconfort, une épaule solide, un mur sur lequel s’appuyer, un arbre majestueux sous lequel se reposer.

Heureusement qu’il y a encore des milliers de Samuel Paty dans les écoles qui relèveront l’étendard de la République et du savoir, face à l’obscurantisme tant religieux que technocratique.

Rien à ajouter à la conclusion de Sophie Aram…

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Tempête, Orage »)

The new frontier

Il était une fois l’ère spatiale…

Je suis né le 06 octobre 1957. Soit 2 jours après le début de l’ère spatiale : le premier bip-bip d’un spoutnik a déchiré le silence de l’espace et a été capté sur terre le 04 octobre…

Dire que la conquête de l’espace a bercé mon enfance, faut pas pousser non plus. Je n’ai jamais rêvé de devenir astronaute. Volcanologue oui. Descendre dans un cratère de lave oui. Aller dans les étoiles non…

En juillet 1969, nous faisions du camping en Bretagne, sur la presqu’île de Quiberon. Les bulletins d’information tenaient un décompte précis de l’évènement. La météo de Cap Canaveral. L’identité des astronautes. Les dangers du décollage. Les dangers du vol spatial. Les dangers de l’alunissage… Il y avait une excitation certaine dans l’air. On en parlait avec mes parents comme d’un rêve insensé…

Le 21 juillet, nous nous sommes couchés comme d’habitude, sur nos lits de camp en nous glissant dans nos duvets. Mais papa avait gardé la radio à côté de lui. Papa et maman ont écouté la radio toute la nuit. Ils ont paraît-il tenté de me réveiller… En vain. Quand je dors, je dors.

Le lendemain matin, le jour s’est levé comme d’habitude. Le soleil était toujours là. Le bain matinal était toujours aussi… vivifiant. Un homme avait marché sur la lune, c’était un exploit mais moi ce qui me préoccupait le plus c’est que le hit parade allait être remplacé par une « édition spéciale ».

Depuis j’ai vécu avec beaucoup d’intérêt toutes les étapes de la conquête spatiale… Et aujourd’hui j’aimerais bien qu’il y ait de nouvelles aventures… Vers la Lune encore, vers Mars peut-être.

Je crois que ce qui m’a le plus marqué c’est l’explosion de la navette Challenger. Il est toujours difficilement concevable de voir exploser un rêve… Et c’est toujours avec une vraie émotion que j’écoute le morceau que Jean Michel Jarre a composé et qui devait être joué au saxo, depuis la navette, par l’astronaute Ron Mac Nair…

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Fusée »)

Pour le Bac, contre la BAC

Il était une fois un proviseur…

J’ai appris mon « métier » de proviseur avec un chef d’établissement extraordinaire. Il n’était plus là lorsque, pour la première fois, j’ai pris la direction d’un lycée. Et pourtant je lui ai toujours, avec constance et reconnaissance, rendu hommage. Il m’avait cité un jour cette phrase de De Gaulle empruntée au général Patton : « il y a deux types de chef, ceux qui disent En avant et ceux qui avancent en disant Suivez-moi !« 

J’ai choisi ce métier, non pas pour la gloire conférée par le qualificatif de chef, mais pour la responsabilité qu’il confère… L’envie de tracer des pistes, de montrer les chemins, de guider vers la réussite. Derrière ces mots, il y a l’immense orgueil de croire qu’on peut être un modèle ou un guide.

En tout cas, c’est un métier qui ne supporte pas – selon moi – que l’on reste planqué dans son bureau, derrière son ordinateur, à lire des circulaires ou à remplir les tableaux excel d’enquêtes redondantes et souvent imbéciles…

J’ai toujours été connu pour être sur le terrain et, pour moi, c’est un vrai titre de gloire. J’étais heureux quand les parents d’élèves me disaient « ah mais on vous connait, on vous voit toujours à la grille parler aux élèves ! »

Être sur le terrain, pour être en accord avec mes convictions, c’était aussi être là lorsqu’il y avait des manifs ou des blocus. Tenter de calmer le jeu, d’éviter les dérapages ou les incidents. Une position qui désarçonnait souvent les élèves qui s’attendaient à ce que je leur parle absentéisme, sanction et règlement intérieur alors que je tentais de veiller à leur sécurité…

Un jour, en décembre 2018, je me suis même retrouvé face aux forces de l’ordre, alors que j’allais au devant d’un flic armé d’un LBD, au milieu des gaz lacrymos et des élèves pris pour cible par certains policiers. Certains élèves m’ont interpellé ensuite : « c’est pas prudent ce que vous faites m’sieur ! » Une vidéo a immortalisé ça, accompagnée du commentaire de l’élève qui filme « proviseur contre un BAC ! »

Être aux avant-postes c’était ma conception du boulot. J’aimais à citer Montesquieu : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être parmi eux. »

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Avant-poste »)

Armure tujuuurs

Il était une fois des animaux avec des carapaces…

Le pangolin. Le crabe. La tortue. Le scarabée. La crevette. La langoustine. Le rhinocéros. La blatte. Le cafard. Le homard. L’écrevisse. Le tatou. L’araignée de mer. Le cuirasson. Le mille-pattes. Le scorpion. L’acarien. L’escargot. L’oursin. Le cœlacanthe. Le tricératops…

L’hoplite. Le mirmidon. Le chevalier. Le samouraï.

Iron man…

Et Côme de la Caterie. Un personnage qui croyait se protéger derrière une carapace et qui finalement est simplement prisonnier de son armure…

C’est compliqué la vie, parfois.

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Armure »)

Dune déception à une autre

Il était une fois une musique de film…

J’ai découvert très récemment le film Dune de David Lynch (1984), dont je ne connaissais rien. Je ne connaissais rien du bouquin non plus, sauf que ça parlait d’épices. Ah si, je me souviens des images de Sting en slip argenté-bleuté-ailé… Même pas top pour le fantasme…

J’ai regardé le film après avoir demandé l’avis des ceusses qui connaissaient à la fois le livre et le film. Avis très-très-très mitigés pour ne pas dire négatifs. Bilan de ma soirée, je me suis fais ch*** comme un rat malade… Et ces effets spéciaux qui semblaient bricolés dans la cuisine de la grand-mère de D. Lynch. Je meurs…

Mais j’ai bien noté qu’on m’a conseillé de lire le livre. Je devrais avoir le temps de faire ça dans les mois qui viennent…

Et puis voilà qu’on annonce une nouvelle version cinématographique. Premiers échos favorables surtout en comparaison avec la version Lynch. On parle aussi de la bande originale du film qui devrait faire un pied de nez à un projet précédent. Jodorowsky avait imaginé sa version du film avec une BO signée Pink Floyd… D. Villeneuve, le réalisateur, a repris l’idée… L’idée seulement, pas LA musique de Pink Floyd…

Des trailers de la version 2020 existent déjà. Le thème principal de la BO a été dévoilé. Signé Hans Zimmer. Il intègre le morceau Eclipse de Pink Floyd dans sa partition. A 1:14, on devine les premières notes de All that you touch, all that you see… Las, elles sont noyées-étouffées-digérées au milieu d’une boursouflure instrumentale insupportable. Première grosse mais grosse, énorme, gigantesque, cataclysmique déception donc… Irai-je voir le film avec des bouchons d’oreille ?

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Dune »)

Glissements progressifs du désir

Il était une fois des patineurs…

J’ai été, je suis – et je crois que je serai toujours – fasciné par ceux et celles qui savent utiliser leur corps, en faire un outil magnifique et émouvant…

Je suis fasciné par celui qui est maître de son corps, qui le domine, qui ne se laisse pas dépasser, déborder, submerger par son physique. Ce n’est pas une question de muscles, c’est une histoire d’harmonie.

Les danseurs, les gymnastes, les patineurs ont une place à part dans mon panthéon esthétique personnel. La force, l’aisance, la grâce, la puissance, l’élégance, la précision des gestes, l’émotion que ces sportifs, ces artistes cherchent et réussissent à transmettre par le mouvement peuvent m’émouvoir aux larmes…

Dans le patinage artistique, c’est la danse sur glace qui surpasse tout. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. J’ai des souvenirs très précis du couple Bestemianova-Bukhin, de Linitchuck-Karponnosov, de Klimova-Ponomarenko (magistraux sur Bach en 1992), de Torvill-Dean (mon dieu, leur Bolero en 1984…), d’Anissina-Peizerat et plus récemment de Papadakis-Cizeron…

Mes champions resteront pour toujours Isabelle et Paul Duchesnay. Frère et sœur, ils ne pouvaient pas jouer sur la corde de la sensualité, il leur fallait imaginer et transmettre par la maitrise du mouvement d’autres formes d’émotion, parfois pures, parfois brutales et évidemment plus intellectualisées.

Sacré challenge… Jungle (innovant), Missing (poignant), un subliiiiiiime West Side Story aux JO de 1992 à Albertville…

Et une place à part dans mon cœur, il y a le controversé parce avant-gardiste, le techniquement si abouti, émotionnellement si fort, le magnifique « Réflections » de 1991… pour glisser dans ou vers l’infini…

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Glissant »)

Dégoût et des douleurs…

Il était une fois un mec dégoûté…

Ce matin, en pensant au défi du jour, écrire un texte autour du mot « répugnant » j’ai hésité. La solution de facilité aurait de faire un billet autour de ce que les figurines des « Crados » véhiculaient il y a quelques années. Des figurines que les gamins adoraient et collectionnaient au grand dam des parents. Des histoires de morve, de pus, de fluides nauséabonds d’odeurs pestilentielles, de saleté, de crasse.

J’aurais pu aussi faire littéraire en citant Baudelaire et son poème maudit « Une charogne »

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons (…)

(…) Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Non, le mec-dégoûté-que-je-suis est vachement plus conceptuel que ça !

Je crois que ce que je trouve vraiment répugnant, ce sont des choses qui existent et qu’on ne peut pas nettoyer d’un coup d’éponge rageur, que l’on ne peut pas effacer à l’aide d’une serpillière, qu’il est impossible désinfecter avec un pchi-pchitte magique… un truc qui tâche, qui s’incruste, qui pourrit, qui gangrène ceux qui se laissent avoir, ceux qui se laissent toucher, ceux qui se laissent contaminer. C’est insidieux. C’est une infection silencieuse, froide et perverse. Ça se cache derrière une caution populiste : « c’est à l’air libre, c’est public, c’est autorisé, ça ne peut pas faire de mal, les gens sont assez grands pour comprendre et pour réagir… » Ça a l’apparence de la respectabilité, costumes croisés, cravates assorties et lunettes d’écaille. Ça se pare des oripeaux de la légitimité médiatique, ça fait de l’audience, ça donne des leçons, ça assène des contre-vérités, ça se vautre dans l’à-peu-près et le buzz…

Plus destructrice que la COVID ou mortelle que le VIH. C’est la forme humaine des bactéries qui mangent le cerveau. Ce ne sont pas des journalistes, ce sont des vecteurs d’idées répugnantes. Des porteurs malsains.

C’est CNews. C’est la sinistre trinité Morandini-Zemmour-Praud et les mouches chroniqueuses qui volent autour…

Et pour plagier Baudelaire j’ai envie d’écrire : Les bras en l’air, comme des bêtes maudites / Brûlants et suant les poisons / Ils ouvraient d’une façon nonchalante et cynique / Leurs gueules pleines d’exhalaisons

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Répugnant »)

Essaye encore !

Il était une fois un vendeur de rêves…

Quand j’avais 12 ans , 15 ans, 18 ans, j’avais de l’espoir. Le monde était ouvert, le monde était vivant, le monde était un horizon. Bien sûr aux infos on parlait de la guerre du Vietnam, de mai 68 et même du 1er choc pétrolier. Mais on rêvait d’un monde meilleur. On rêvait de bousculer l’ordre établi. On rêvait de construire. Construire autre chose, mais construire… On n’avait pas de raison d’avoir peur de l’avenir… On avait même le droit d’être optimiste et inconscient…

Et puis…

Je suis devenu adulte… J’ai eu la chance de pouvoir exercer des métiers qui m’ont enthousiasmé. J’ai eu la responsabilité de faire croire à des ados que mes rêves pouvaient être leurs rêves d’avenir : faire des études pour pouvoir se réaliser, pour choisir sa vie. Alors que le chômage est là. Que la société s’est racornie, recroquevillée sur elle-même à mesure qu’elle a développé en trompe-l’œil le rêve de la communication absolue. Depuis mon bureau, mon travail a pourtant toujours été de leur parler d’avenir, de LEUR avenir.

Dehors, plus personne ne leur dit « espoir », plus personne ne leur dit de rêver, d’imaginer, de construire… Dehors, tout le monde leur parle de crise, d’absence d’horizon, de pollution, de chômage… de détruire…

En 1970, aller dans l’espace c’était repousser une frontière, conquérir l’inconnu. Aujourd’hui, aller dans l’espace, c’est chercher une échappatoire, une nouvelle terre pour -peut-être sauver une humanité en sursis… Le rêve a pour justification la survie…

Écoutez donc les chansons d’aujourd’hui, celles qui accompagnent la vie de nos ados : quelle légèreté ? quelle insouciance ? quelle joie ? quel espoir ?

Et pourtant je suis sûr qu’il y a toujours de l’espoir quelque part… Je me souviens d’une comptine qui commençait comme ça : Je vais vous dire une chanson / Qu’est pleine de mensonges ! / Si y’a un mot de vrai dedans, / Que le diable m’emporte, la ! Le diable ne m’a pas emporté, je suis toujours là…

Dites-moi que j’ai raison d’y croire encore !

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Espoir »)

Lance-toi ! qu’ils disaient…

Il était une fois des sites de rencontres…

On appelle ça des sites de rencontres parce que c’est plus soft que dire sites de cul, mais c’est la même chose…

Je ne sais pas pourquoi je suis toujours inscrit sur ces sites. On n’est pas sur ces sites pour lancer des SOS… Il n’y a rien de plus pathétique que de sentir le laissé-pour-compte tenter une approche. Un site de cul, ce n’est pas une œuvre de bienfaisance…

On me disait qu’il fallait que je me lance, que je surmonte mes angoisses, mes préventions, mes incertitudes, mes complexes, mes défaitismes… Que j’ose… J’ai fréquenté, je fréquente, je fréquenterai encore ces sites-là… Sans beaucoup de réussite, sans beaucoup d’espoir…mais je continue car comme le disait Jean Claude Duss : on ne sait jamais, sur un malentendu…

J’ai parfois répondu à des « salut-ça-va-tu-ch-quoi »… jetés à la va-vite par des inconnus. Ils n’ont pour la plupart pas supporté/accepté ma réponse « Si-tu-lis-mon-profil-tu-sauras… » La mention « tu as été bloqué » m’est plus souvent qu’à mon tour revenue comme un boomerang lancé en pleine gueule… Next !

J’ai parfois lancé des hameçons, des discussions d’approche… Je me suis quasiment toujours ramassé. J’ai parfois amorcé des « dials », un peu comme on jette des bouteilles à la mer. Et c’est moi qui me suis fait jeter. Je me suis souvent lancé à l’eau, et j’ai plus souvent encore bu le bouillon…

Mais comme le disait chantait hurlait la célèbre philosophe comportementaliste Lara Fabian en 2001 : j’y crois encoooOOOooore !

Même si je suis finalement plus proche de Balavoine…

Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides et puis espère
Qu’on pourra lire à travers
S.O.S. écrit avec de l’air
Pour te dire que je me sens seul
Je dessine à l’encre vide
Un désert

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Lancer, jeter »)

Deux dents dehors

Il était une fois un vampire…

J’avais 14 ans quand j’ai vu mon premier « Dracula ». Il a fallu qu’Edwin, mon correspondant anglais, débarque à la maison pour 15 jours, demande un jour très poliment « Puis-je aller au cinéma avec Michel » (May I go to the movie with Michael ?), pour que mes parents m’autorisent à sortir seul avec lui. C’est à dire sans eux. Il avait l’air si calme, si mature pour ses 15 ans, si raisonnable, bien poli et propre sur lui, Edwin. Mais y’avait un démon sous sa tignasse rousse d’anglo-norvégien…

Cet après-midi là, on est allé voir « Dracula et les femmes« . Et j’ai eu peur ! C’était en presqu’hiver, si bien que quand on est sorti du ciné, il faisait presque nuit. En tout cas, pour rentrer à la maison, il fallait traverser presque toute la ville. Marcher dans des rues presqu’éclairées par la lumière blafarde des lampadaires. Croiser presque pas de monde. Mais sursauter aux moindres bruits presque suspects. Des bruits de pas derrière nous. Un volet qui claque. Un portail qui grince… Edwin était parfaitement calme. J’étais presque mort de peur…

Oui, il cachait bien son jeu Edwin, lui qui était si délicat question nourriture… pas de poisson, pas d’œuf, pas de viande trop rouge. Mais un vampire qui aspirait goulûment le sang coulant du cou gracile et blanc d’une jeune fille… Alors oui ! Ça, ça passait très bien !

On s’est fait engueuler quand Papa et Maman ont su qu’on n’était pas allé voir Les Bidasses en folie mais un Dracula. Enfin JE me suis fait engueuler. Parce qu’Edwin, lui, c’était l’invité !

Depuis j’ai complété et parfait ma culture cinématographique rayon films d’horreur, gore et épouvante. Les loups-garous, les morts-vivants, les psychopathes, les aliens… Je me suis régalé de tout ça. Même si généralement, avant de me coucher, je veille à la bonne fermeture des portes et des fenêtres. Parce que bon… Ce sont des films, mais Autant en emporte le vent ou Le fabuleux destin d’Amélie Poulain aussi, c’est du cinéma… Et personne ne conteste leur ancrage dans la réalité ! Alors…

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Dents »)