Pour le Bac, contre la BAC

Il était une fois un proviseur…

J’ai appris mon « métier » de proviseur avec un chef d’établissement extraordinaire. Il n’était plus là lorsque, pour la première fois, j’ai pris la direction d’un lycée. Et pourtant je lui ai toujours, avec constance et reconnaissance, rendu hommage. Il m’avait cité un jour cette phrase de De Gaulle empruntée au général Patton : « il y a deux types de chef, ceux qui disent En avant et ceux qui avancent en disant Suivez-moi !« 

J’ai choisi ce métier, non pas pour la gloire conférée par le qualificatif de chef, mais pour la responsabilité qu’il confère… L’envie de tracer des pistes, de montrer les chemins, de guider vers la réussite. Derrière ces mots, il y a l’immense orgueil de croire qu’on peut être un modèle ou un guide.

En tout cas, c’est un métier qui ne supporte pas – selon moi – que l’on reste planqué dans son bureau, derrière son ordinateur, à lire des circulaires ou à remplir les tableaux excel d’enquêtes redondantes et souvent imbéciles…

J’ai toujours été connu pour être sur le terrain et, pour moi, c’est un vrai titre de gloire. J’étais heureux quand les parents d’élèves me disaient « ah mais on vous connait, on vous voit toujours à la grille parler aux élèves ! »

Être sur le terrain, pour être en accord avec mes convictions, c’était aussi être là lorsqu’il y avait des manifs ou des blocus. Tenter de calmer le jeu, d’éviter les dérapages ou les incidents. Une position qui désarçonnait souvent les élèves qui s’attendaient à ce que je leur parle absentéisme, sanction et règlement intérieur alors que je tentais de veiller à leur sécurité…

Un jour, en décembre 2018, je me suis même retrouvé face aux forces de l’ordre, alors que j’allais au devant d’un flic armé d’un LBD, au milieu des gaz lacrymos et des élèves pris pour cible par certains policiers. Certains élèves m’ont interpellé ensuite : « c’est pas prudent ce que vous faites m’sieur ! » Une vidéo a immortalisé ça, accompagnée du commentaire de l’élève qui filme « proviseur contre un BAC ! »

Être aux avant-postes c’était ma conception du boulot. J’aimais à citer Montesquieu : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être parmi eux. »

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Avant-poste »)

Une réflexion au sujet de « Pour le Bac, contre la BAC »

  1. Aujourd’hui, pour un être un « bon chef d’établissement », il faut savoir analyser une situation virtuelle en collant avec la doctrine du moment « internats d’excellence, cordées de la réussite… » et savoir faire des courriers dignes des manuels de courtoisie et de typographie, aux élus et à la tutelle académique.

    La « tutelle », c’est ainsi que parle mon chef du rectorat, quand il fait acte de populisme face aux syndicats. Ça permet de balancer sur la hiérarchie sans afficher franchement son manque de loyauté, d’autant que ses actes ne font que caresser dans le sens du poil le DASEN. Et oui, il faut avoir de beaux indicateurs au vert pour prétendre au poste de calife du plus gros bahut de l’académie…

    Voilà, un bon chef d’établissement doit savoir acheter la paix sociale et exceller dans l’art de la génuflexion.

    Merci d’être sorti du lot Sieur Garfield !

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