Sables mouvants

Il était une fois des sables mouvants…

Depuis que je suis tout petit, certaines morts m’effrayent plus que d’autres. Le feu par exemple. La souffrance infligée et ressentie, par ne serait-ce qu’une petite brûlure, m’impressionne. Me terrifie même. Lorsqu’on évoquait la mort de Jeanne d’Arc ou que je voyais la mort des templiers dans les Rois Maudits, intérieurement je défaillais… Bon, OK… depuis j’ai appris que les condamnés au bûcher mourraient d’asphyxie et donc étaient déjà morts quand les flammes… Mais non. C’est une mort qui me fait peur.

Pareil pour la noyade ou pire encore – à cause de la lenteur inexorable qui l’accompagne – mourir dans des sables mouvants… Se sentir impuissant, savoir que la mort vous happe peu à peu, que les mouvements sont à la fois contraints et qu’ils accélèrent et rendent inéluctables la fin. Lente. Inexorable. Incontrôlable. Monstrueusement définitive. Le piège ultime.

Sur un autre plan, c’est ce sentiment que je ressens en ce moment avec l’actualité. Ce sentiment que, quoi qu’on dise, quoi qu’on pense, quoiqu’on exprime, rien n’est plus anodin, rien n’est plus innocent, rien n’est plus raisonné ou raisonnable. Rien n’est plus discutable puisque tout est polémique.

Au début était le Verbe lit-on dans la bible; tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. Nommer quelque chose c’est lui donner vie…

Aujourd’hui nommer quelque chose ou quelqu’un c’est le vouer à la destruction. L’actualité le montre au quotidien – surtout en ce moment – où le bon mot, la petite phrase, les éléments de langage, l’approximation et la simplification à outrance des concepts ont pris le pas sur la réflexion. Le verbe est devenu un appât alors qu’il devait être le lit douillet de l’intelligence…

Le langage est devenu chasse-trappe, nasse, traquenard, guet-apens ou danger… Notre monde de communication est piégé, l’impression de plus en plus évidente en lisant les journaux, en écoutant la radio, en regardant la télé, c’est d’être happé indéfiniment par des sables mouvants. Et je n’aime pas ça !

Pour le plaisir… Mélina Mercouri : Je te dirai les mots

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Piège »)

3 réflexions au sujet de « Sables mouvants »

  1. Je lis, regarde ,écoute et je sombre dans un état de « navritude » me laissant ahurie ,tant d’années sur mes os ,j’en suis a être contente de n’être point grand-mère…

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  2. Comme ce sentiment d’étouffement qui m’étreint trop souvent est bien illustré par ce billet .
    Et quel plaisir ces mots et cette voix de Melina Mercouri ! Merci

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