Oui chef !

Il était une fois un mauvais élève…

Et ce mauvais élève, c’était moi. J’ai très bien travaillé en 6ème, un peu moins en 5ème et encore moins en 4ème. Paresseux j’étais. Sur un malentendu, parce que je n’étais finalement pas trop bête, je bossais au dernier trimestre et ça passait. Mais ça n’a pas marché pas indéfiniment…

Classe de 3ème, des résultats catastrophiques. Proposition de redoublement. La honte… Les parents qui culpabilisaient parce qu’ils n’avaient peut-être pas été assez vigilants/présents/exigeants. Et moi à cet âge là je n’avais pas consciences des enjeux… j’avais comme principale préoccupation d’éviter le courroux parental et surtout les colères maternelles : beaucoup de décibels mais aussi des claques qui volaient bas et des privations de télé.

Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de toi ? La phrase qui crucifie alors que, dans le même temps, le frangin alignait les félicitations des conseils de classe…

Redoubler était une honte inconnue dans la famille. Alors quoi ? M’inscrire en CAP ? A l’époque, ça voulait dire me sortir de l’école par la petite porte. Mais au moins un patron me foutrait les raclées méritées. Je n’ai pas oublié le jour où Maman, pour tenter de me faire réagir, me racontait que plus tard elle pourrait dire fièrement qu’elle avait un fils ainé avocat ou diplomate et qu’elle ajouterait, à voix basse et les yeux baissés, que le deuxième… ben… il n’a pas réussi pareil… (commentaire à replacer dans le contexte des années 70, mais finalement est-ce qu’on a vraiment réussi à valoriser les métiers manuels ?)

J’ai le souvenir de certains dimanches après-midi version tribunal familial pour me trouver une voie. Je n’étais pas doué de mes mains. Pas intéressé par la mécanique ou le bois. Maçon ou plombier ? J’ouvrais des yeux ronds et je me mettais à pleurer comme s’il s’agissait de partir au bagne à Cayenne. A un moment, l’idée de la boulangerie ou de la cuisine a émergé.

Boulanger ? Maman se réjouissait déjà à l’idée de savoir que je me lèverais à 3h00 du matin pour allumer les fours. Tu vas voir ce que c’est que de travailler !

J’ai osé parler d’une préférence pour la cuisine. Maman, excellente cuisinière formée sur le tas, ne me voyait pas capable de tenir le rythme de travail exigé dans une brigade… Mais au moins je pourrai contrôler ce que tu fais !

Finalement, après des échanges avec les profs et le proviseur du lycée de Saint-Dizier, la décision a été prise de me faire redoubler. Avec un argument qui, des années plus tard, quand j’ai moi-même eu à gérer des orientations, m’aurait fait hurler : il n’est pas bête ce gamin, il va mûrir… ce serait dommage de gâcher ses capacités en l’envoyant en lycée professionnel…

Longtemps après cet épisode, alors que j’avais eu mon bac, avec mention, que j’avais eu ma maitrise de Géo, que j’avais réussi le concours de CPE et peut-être même celui de personnel de direction, j’ai avoué à mes parents que je regrettais parfois de n’avoir pas fait un CAP ou un Bac Pro de cuisinier. Enfant, j’ai le souvenir très vivace de l’émission Art et magie de la cuisine présentée par Raymond Oliver et Catherine Langeais. Plus tard, regarder Masterchef, Top Chef ou le Meilleur Pâtissier, c’était – et c’est encore – un peu comme regarder le film d’une vie imaginaire ou rêvée…

Et dans mes rêves les plus fous, je me serais bien vu comme une Maïté au masculin, un Thierry Marx (la calvitie sans doute), un Philippe Etchebest (pour les colères) ou un Michel Sarran (pour la cuisine de terroir). Parce que métier manuel d’accord… mais, tant qu’à faire, autant viser haut !

Ce billet est ma participation au jeu « Inktober with a keyboard », initié par Kozlika – Mot du jour : « Chef cuisinier »

2 réflexions au sujet de « Oui chef ! »

  1. Je n’ai pas rêvé être cuisinière, il fallait survivre, alors carillons de casseroles,
    le plus de la situation travailler « à la personne » gâter le Mr avec un plat que la Mme n’aimait pas et vice-versa. Cuisine bourgeoise peut-être, de sympathie c’est sûr, des moments glamour avec mes gamelles !
    Le restaurant pas du tout pour moi, les impondérable du management de la trésorerie de la mode. Nada !!

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  2. Bon Dieu que je me retrouve dans ce billet. Quel parcours différent aurais-je eu, si on m’avait collé dans une filière pratique/pragmatique à l’issue du collège, ou si j’avais pu avoir l’idée de me tourner vers une formation pratique/pragmatique courte, post bac. Au lieu de ça, j’ai écouté calé des ambitions sur celles qu’on m’autorisait à viser (haut, ou plus haut) et je me suis perdu pendant 10 ans jusqu’à avoir un diplôme d’école payante, puis dans un boulot qui me plaisait à comprendre mais pas à faire, et galérer entre missions courtes, chômage et dépression, pendant 10 années de plus pour finir par devenir réceptionniste en hôtellerie et découvrir, au bout de 20 ans d’errements, une activité qui me botte carrément, mais payée au lance pierre (ce qui m’aurait convenu à 20 ans, comme départ, mais limites plus les perspectives à 40, bien cabossé par la vie.)

    Je t’envoie des bises de Bretagne.

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