I am (not) what I am…

Il était une fois un « best friend »…

Bien sûr, ce n’est qu’un test-à-la-con.

Bien sûr, quand je l’ai vu passer sur twitter, je l’ai fait.

Bien sûr, ce sont des foutaises. Comment à partir de photos, de couleurs ou de chiffres peut-on sérieusement définir, en huit questions, une personnalité ?

Mais bon… Ce test-à-la-con qui n’a aucune valeur, qui ne repose sur rien de scientifique, qu’il faut obligatoirement prendre avec recul et fantaisie me définit comme le « gay bestie », le « bon copain gay » : « tu es l’ami de tous les amis. Peu importe ce que tu fais dans la vie, tu accorderas toujours la priorité à ton meilleur ami et seras là autant que tu le peux pour le reste de tes amis. » Genre « la fille-à-pédés » version mec. Le mec qu’on aime bien, sur qui on peut compter, à qui on peut tout dire, avec qui… avec qui on ne risque rien, avec qui il ne se passera rien…

Qu’on soit une fille ou un garçon…

Alors c’est un test-à-la-con qui vise juste quand-même… Et c’est rageant. D’ailleurs le test indique aussi LE point négatif : « Côté cœur, tu risques de rester seul pour toujours… »

Ben voilà, tout est dit.

Quand j’y pense, je crois que j’ai (souvent ? toujours ?) laissé passer le coche. Je suis resté sur le quai et je ne peux m’en prendre qu’à moi : vouloir le plus, vouloir le mieux. Vouloir, ou même simplement espérer un mec idéal et/ou idéalisé. Rêver de LA rencontre, mais surtout ne rien faire de concret ou de viable pour la faciliter (pour ne pas dire la provoquer).

Et puis, quand un regard se faisait un peu insistant, un peu explicite, ne pas vouloir y croire, ne pas s’autoriser à y croire, ne pas donner suite, tourner les talons, s’enfuir.

Fuir, m’échapper, disparaitre avant que l’autre ait pu aller plus loin que le sourire, le regard, ou le bonjour engageant. Ne pas lui faire confiance tout simplement parce que « moi » a finalement été plus important que « lui » : je n’ai jamais fait confiance à l’autre parce que le filtre « je-moi-ma-vision-mes-certitudes » a toujours été un rempart à la simplicité, à la sincérité que l’autre aurait pu m’offrir.

J’ai pu m’apitoyer longuement sur le fait que je suis rentré souvent toujours seul chez moi, même après avoir accepté de rencontrer quelqu’un après quelques échanges sur des sites spécialisés… Maintenant que j’ai 60 ans passés, je peux avouer (et m’avouer) que je me suis souvent toujours menti à moi-même : j’ai rencontré des garçons mais je ne leur ai jamais donné leur chance. Pas plus que je ne me suis donné la chance de les laisser me conquérir, d’être séduit par autre chose qu’un simple contact épidermique ou des regards faussement complices dans une pénombre propice aux fantasmes et aux rêves…

Donc… j’ai très souvent été le bon copain, et je le suis resté. Si je mets de côté les rencontres fugaces, les « amours de passe-partout » chantés par W. Sheller, je me suis fait des copains, des amis et parmi eux, qui sait, il y a peut-être eu des rencontres auxquelles je n’ai pas donné d’espace, je n’ai pas donné la chance ou l’opportunité de muer, de se transfigurer. Peut-être qu’il y a parmi ces garçons rencontrés, des histoires naissantes auxquelles j’ai refusé la possibilité de s’épanouir. Je ne suis pas doué pour le jeu de la séduction. Peut-être que parce que, quand je joue, je n’aime pas perdre…

Je me souviens encore de ce repas entre copains, un soir d’été à Cassis. Il avait 28 ans, j’en avais 35. Il était skipper pour vacanciers friqués. Les cheveux décolorés par le soleil et le sel, le teint hâlé, les épaules larges. Et puis ce duvet blond sur les avant-bras qui reflétait si joliment le soleil d’une fin d’après-midi… D’un sourire il m’avait éclaboussé de désir et de séduction. Il me parlait, mais je mettais un point d’honneur à m’adresser de façon impersonnelle à la tablée. Il me regardait, mais je scrutais intensément le fond de mon verre… J’étais en vacances, il devait aller rechercher des clients en Corse, pourquoi naviguer seul ? Il m’offrait l’hospitalité sur son bateau pour la semaine à venir… Le scénario était écrit en lettres tellement majuscules que mes potes n’attendaient que mon acceptation pour boire un dernier verre et fêter ça…

Mais, à peine ma pizza finie, je me suis levé, j’ai salué mes copains, un peu surpris et je suis parti sous un prétexte fumeux. Je n’ai pas répondu à un « tu ne veux pas rester un peu avec nous… ou avec moi ? »

Je me suis dégonflé, persuadé que je pourrais que le décevoir si on allait plus loin.

Le lendemain, je me suis fait traiter de gros con par mes potes. Personne n’avait compris. Le skipper avait flashé sur moi, il était décontenancé. Lorsque le groupe s’était séparé, il avait seulement dit : « c’est dommage il me plaisait bien ce petit homme… » (Je n’ai jamais oublié cette formulation…)

Voilà. Je suis comme ça… Il aurait pu y avoir quelque chose. Peut-être autre chose qu’un coup d’un soir… Un truc tellement différent que ce que je connaissais, tellement différent de ces coïts furtifs de saunas ou de ces rencontres grinderisées où seul l’aspect cul compte… même quand la « cible » prétend être ouverte à du sérieux…

Ce souvenir est tellement révélateur de la vie affective dans laquelle je me suis enfermé  : entre faux-semblants et rêves inavoués, je me suis interdit d’oser, je me suis interdit d’être surpris, d’être cueilli, d’être séduit… Je me suis interdit d’être heureux autrement que tout seul.

Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de malheureux ? Non, pas vraiment… Mais je sais que je n’ai et que je n’aurai jamais qu’une connaissance imparfaite du bonheur…

Parce que je n’ai jamais accepté le regard que je pose sur moi, ni le regard des autres. Parce que je n’ai jamais eu confiance en moi, ni accepté de faire confiance aux autres…

Peut-être parce que je n’ai jamais pleinement accepté d’être ce que je suis.

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