Mad world

Il était une fois un sentiment de vide… ou pas !

J’étais parti pour écrire un billet revendicatif, aigre, moralisateur. En un mot un billet négatif qui commençait comme ça :

Bizarre cette impression que tout va trop vite ET au ralenti… Les informations se bousculent comme des boomerangs en folie, on ressasse, on croit en avoir terminé, on pense que ça va se tasser, qu’on va tourner une page et y’a toujours un connard qui remet une pièce dans le juke-box.

L’intérêt d’être en mode privé sur twitter, c’est d’être un peu à l’abri des scories plus ou moins (et souvent plus que moins) nauséabondes véhiculées par les « rézosocios » cette nouvelle entité dont on veut nous faire croire qu’elle a sa personnalité propre alors qu’elle devient de plus en plus le cloaque glauque de la pensée humaine.

Cependant les saines colères de mes twittos préférés me font connaitre nombre de dérapages trop bien contrôlés de ce monde politique sans honneur qui nous gouverne ou qui aspire à nous gouverner. La solution serait bien évidemment de faire cure de sevrage mais il y a aussi des éclats de rire bienvenus partagés par ces mêmes twittos pour faire passer une pilule trop amère…

Le vrai malaise que je ressens c’est cette juxtaposition de plus en plus exacerbée des individualismes, des particularismes, des égoïsmes.

Et puis non…

Marre de ressasser le mauvais, l’inachevé, l’incompréhensible, l’inacceptable, le rance. L’esprit parti vagabonder dans les brumes lointaines du c’était mieux avant, les oreilles bercées par des chansons du siècle dernier version seventies, je me suis souvenu d’un visage, d’un nom, d’une personnalité. Claude Teston, mon prof de français en classe de 1ère, l’année du bac de français.

Ce professeur nous faisait lire. Les livres qu’on voulait, certes dans une liste pré-établie (y’avait un programme quand même !), mais les livres qu’on décidait de choisir selon notre curiosité, notre sensibilité. Dans l’année on avait une contrainte : faire un exposé sur une de ces œuvres librement choisie. La raconter succinctement, l’analyser rapidement mais surtout répondre à une question : pourquoi avoir eu envie d’en parler aux autres. Partager. Expliquer. Argumenter. Partager. Émouvoir ou Amuser. Convaincre. Partager. Parce que si la lecture est un plaisir solitaire, le livre, la littérature, étaient, d’après M. Teston, des émotions qu’on doit partager.

Je me suis souvenu d’un cours sur les romantiques, le mal-être, la mélancolie, le ciel bas et lourd qui pesait comme un couvercle sur l’âme de Baudelaire… Je me suis souvenu de ce cours que M. Teston avait conclu en nous rappelant que, quand on a le sentiment que rien ne va, que tout nous échappe, que tout glisse dans le glauque, dans le gris, dans l’obscurité, il reste les livres, il reste l’imagination, il reste la possibilité d’inventer un horizon et la lumière…

M. Teston faisait partie de ces profs qui marquent à leur insu ceux et celles qui l’écoutaient.

Il devait avoir 40 ans quand j’en avais 17. J’ai le souvenir (approximatif) de son âge parce que j’ai encore en mémoire la joie qu’il avait souhaité partager avec nous, ses élèves, alors qu’il venait d’apprendre qu’il allait être papa pour la 1ère fois, alors qu’à son âge… J’étais en 1ère littéraire, seul garçon avec 23 filles. Autant dire que ce genre de situation bouleversait mes camarades de classe, c’était teeeeeeeeellement chou… (Et moi je trouvais ça émouvant aussi parce que je m’imaginais être papa un jour aussi).

En son honneur, lors du cours suivant, j’avais demandé à prendre la parole, comme c’était la coutume lorsqu’on avait un compte-rendu de livre à partager… et, la voix un peu mouillée, je lui avais récité le poème de Victor Hugo : Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille / Applaudit à grands cris. / Son doux regard qui brille / Fait briller tous les yeux, / Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, / Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, / Innocent et joyeux.

 Il avait souri, l’œil embué. Mes copines m’avaient applaudi timidement en épiant la réaction du prof… Il avait enchainé (presque) comme si de rien n’était, en me demandant de justifier mon choix et de répondre à la question traditionnelle : Pourquoi avoir éprouvé l’envie de partager ce texte.

Je ne pouvais pas lui dire « parce que je suis heureux pour vous ! parce que je vous admire ! »

Je ne pouvais pas lui dire que c’était ma façon de lui retourner les paroles d’espoir et d’avenir dont il parsemait ses cours à notre intention. J’ai dû balbutier une réponse banale, insipide, rapide et convenue…

Alors voilà… Aujourd’hui j’ai décidé que j’oublierai les Blanquer, Schiappa, Zemmour, Erdogan et Bolloré, les querelles incongrues à propos des écolos, d’Hidalgo et des généraux frondeurs, le confinement, les masques, les vaccins… J’oublierai tout ça pour ne garder que les souvenirs qui en valent la peine. Pas parce que c’était mieux avant… mais parce que ça fait du bien de faire remonter des émotions positives. Et de les partager…

Merci Monsieur Teston, vous ne le saurez jamais… mais aujourd’hui encore, je me souviens de votre humanité, de votre bienveillance et de votre optimisme. Et dans ce monde désespérément fou et narcissique, ça fait du bien !

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