Parlez moi d’moi, y’a qu’ça qui m’intéresse…

Il était une fois un nombril…

Le mien !

C’est sans doute une question d’âge, ou de statut, mais finalement la question se pose : je fais quoi de ma vie maintenant que je suis à la retraite ?

Je ne fais rien. Je m’occupe de moi. Et de mon chat… Je n’en ai même pas honte même s’il y a au fond de moi une petite voix qui tente de se faire entendre et à qui je n’ai pas spécialement envie de donner un écho. Cette petite voix qui crie « Égoïste ! égoïste ! » sans qu’il y ait la moindre référence à la pub de Chanel…

Je ne m’ennuie pas. Je laisse le temps s’écouler. Le confinement – ou tout ce qui s’en rapproche – ne me pèse pas. Je vois mon frère au moins une fois par semaine pour prendre le café, je vais marcher au moins une fois par semaine avec ma meilleure amie, histoire d’entretenir ce qui peut encore l’être au niveau des articulations. Je vais faire mes courses le mardi à 13h00, parce qu’il n’y a pas grand monde à Auchan à cette heure-là. Parfois une « nouvelle activité » s’insère dans mes habitudes, genre les rendez-vous chez le dentiste…

Passionnant. Palpitant. Ébouriffant même…

Qu’ai-je fait depuis le mois de novembre 2019 ? Même pas honte de dire : rien !

J’ai souvent – voire toujours – été surpris par ces collègues de travail, professeurs ou personnels de direction, qui abordaient la retraite avec l’angoisse du vide. Et qui trouvaient très rapidement une occupation associative pour donner corps ou un sens à leur nouvelle vie. J’ai souvent – voire toujours – été surpris et même admiratif de cette volonté de s’occuper en donnant aux autres ce que la vie donne de plus précieux à mon sens : le temps.

Je me suis toujours flatté de savoir « ne rien faire ». Et je continue à penser que ce n’est pas donné à tout le monde d’être oisif… 

J’ai passé 40 ans de ma vie à travailler avec plaisir et envie, sans compter mes heures. Le travail a été mon seul compagnon, le seul capable de me faire oublier qu’une fois fermée la porte de mon bureau et branchée l’alarme du lycée, j’allais me retrouver seul avec ma télé et mon plateau repas… Quand la retraite est arrivée, j’en ai été heureux et j’éprouve toujours la même satisfaction à ne rien faire certes, mais surtout à choisir de ne rien faire.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les 6 mois de suspension subis en 2006 par la grâce maudite d’un directeur de l’encadrement qui portait comme un trophée ses initiales : P.D. Pendant ces 6 mois, j’ai tourné en rond et je me souviens avoir écrit qu’il était pesant de devoir « gaspiller le temps ». Les journées étaient longues et j’étais comme un drogué en manque. Me priver du travail que j’aimais, que j’avais choisi, auquel je me donnais sans compter était la pire des punitions qui pouvait m’être infligée.

Aujourd’hui les choses sont différentes. Mon temps libre est un temps que j’ai gagné, que j’ai mérité et dont je peux profiter. Le risque cependant, et ce billet est finalement une mise en abime assez étourdissante, c’est que tout ce temps ne me sert à rien d’autre qu’à parler de moi et de tourner autour du concept du « me-myself-and-I ». Si je regarde furtivement par-dessus mon épaule et que je réfléchis à ce que je raconte sur Twitter par exemple, c’est très ego-centré : MA retraite, MON poids, MON régime, MON chat, MES dents et bientôt dans les prochains épisodes, MON futur projet immobilier… Plus de distanciation, plus de support comme pouvait l’être mon boulot pour intégrer l’autre, qu’il soit prof, parent ou élève, plus de raison pour réfléchir sur des principes qu’ils soient éducatifs ou politiques, rien d’autre que moi.

Est-ce que j’ai honte de cette situation ? Pas sûr en fait… Les temps actuels ne me donnent pas envie de réagir publiquement tant les mots que je lis ici ou là, les idées exposées ici ou là, les critiques ou bonnes résolutions formulées ici ou là m’apparaissent comme autant de chausse-trappes, de pièges ou de boomerangs destructeurs… Ne parler que de ma petite vie, me réjouir des informations insignifiantes que certains autres acceptent de partager sur les réseaux sociaux, cela suffit à mon bonheur. Et contribue évidemment à m’enfermer dans mon cocon d’égoïsme rassurant et protecteur.

Je pourrais parallèlement profiter de ce temps pour réfléchir et me livrer à une introspection encore plus poussée sur mes manques, mes ratés, mes approximations. Mais à quoi bon ? Me rendre malheureux en contemplant la vacuité, l’irrésolution et l’inconsistance de mes années passées ? Devoir m’avouer que si je passe mon temps à ne rien faire aujourd’hui, ce n’est que la suite logique d’années passées à combler par une frénésie professionnelle le vide de ma vie personnelle ? Quel intérêt ?

Suis-je anormal de vivre ou d’envisager ainsi cette période de ma vie ? Après tout, Madame de Staël n’a-t-elle pas écrit que « la monotonie, dans la retraite, tranquillise l’âme ; la monotonie, dans le grand monde, fatigue l’esprit »…

Alors voilà… Je m’occupe de « moi ». Je parle de « moi », je raconte « moi ». Et j’ai l’âme tranquille. Avec comme seul support au sentiment fugace de culpabilité qui tente parfois de m’assaillir, le regard de mon chat qui réclame des câlins (un peu) et des croquettes (surtout).  

6 réflexions au sujet de « Parlez moi d’moi, y’a qu’ça qui m’intéresse… »

  1. J’ai quelques années de plus que toi, je ne changerai rien de de tes propos. Depuis l’enfance j’ai appris à m’extraire d’une réalité douloureuse, que mon avis personne n’en avait rien à faire, bilan une carapace de graisse bien solide, le refuge dans une gamelle ! Le confinement…quel confinement ? je ne m’ennuie pas seule avec moi. Je vois mon frère deux fois par semaine, mes copines une fois autour d’un café ou d’une bouffe entre « jeune », le portage de bouquins à domicile, j’exploite ces facilités sans restrictions. Le téléphone pour soutenir les amis dans la douleur, le zoiseau gazouilleur pour le sourire et quelques fois de fortes idées philosophiques !! CHEZ MOI c’est petit mais c’est CHEZ MOI, mon nombril y est bien, je peux encore jouer des différentes télécommandes, de l’ordinateur pour claquer mes sous,les autres font comme ils peuvent…!!!
    Courage, nous tiendrons !!!

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  2. Il parait que ne rien faire est un art, un art auquel je pensais exceller ; et puis je me suis demander, c’est quoi ne rien faire ? Le vrai art, c’est juste de faire ce que tu as envie en prenant son temps 😉
    Et je l’avoue, j’attend la retraite avec impatience alors qu’il me reste encore (Au moins) 8 ans à faire !

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  3. Mais j’ai tellement hâte moi aussi de m’occuper de moi et de mes chats !!! 😀 Tu as bien raison, sachant que tu sauras bien aménager ton emploi du temps pour y accueillir un amoureux le cas échéant. ^^

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