Voilà…

Il était une fois l’eurovision 2021…

J’avais décidé de ne pas « live-twitter » l’eurovision. J’ai twitté pour les demi-finales et finalement, le temps que l’on prend pour rédiger un avis, le relire, regarder les réactions parallèles à la sienne… on perd le fil des prestations, la magie du spectacle (si ! si !), on rate des intentions, des mouvements, des regards, des trucs ringards, des trucs ridicules, des moments de grâce aussi.

J’ai donc regardé le concours, comme depuis pfiouaah… 50 ans ? Je le regardais enfant avec mes parents, je le regardais étudiant, j’ai continué à le regarder depuis, sans avoir failli une seule année. Et je me souviens avoir pesté en 1982, quand, sur décision purement politique, la France toute enculturée par Jack Lang décidait de ne pas participer à cette manifestation indigne d’un peuple dont il fallait élever l’esprit. Être politique n’est pas toujours synonyme d’aveuglement et la France repris place dans le concours en 1983 avec la chanson « Vivre » portée par Guy Bonnet, l’année où Corine Hermès gagna pour le Luxembourg avec « Si la vie est cadeau »…

Donc ce samedi 22 mai à 21h00, lorsque le Te Deum de Charpentier a retenti, je me suis calé dans mon fauteuil, direction Rotterdam…

Je suis toujours surpris, parfois amusé, parfois effondré, mais finalement souvent admiratif devant les trésors d’inventivité scénographiques proposées. D’aucuns (mon frère pour ne pas le dénoncer) critiquent ce barnum d’écrans, de fumigènes, de paillettes alors qu’il s’agit d’un concours de chansons… J’ai parfois tendance à être d’accord, quand la mise en scène devient caricaturale ou grotesque.

Un exemple ? La Norvège dont le représentant Tix, engoncé dans un manteau de plumes blanches, des ailes dans le dos, des chaines aux poignets, entouré de démons cornus tout vêtus et ailés de noir… Parait que ça portait le propos de la chanson « Fallen Angel » : malgré les handicaps et les aléas de l’existence, il y a toujours de l’espoir voire une rédemption. Mouais. En l’occurrence, le propos a été totalement plombé par le côté risible de la mise en scène… Le chanteur est affecté du syndrome Gilles de la Tourette, il est bourré de tics. Etait-il utile d’enlever ses lunettes pour montrer ses yeux clignotants de façon incontrôlée ? Bah non… Si sa maladie l’avait amené à balance un fuck, un bitch ou un mother fucker au milieu de sa chanson, là, oui… LÀ, ça aurait été marrant, voire culte…

Autre caricature ? La Grèce représentée par Stephania et la chanson « Last dance ». Je ne comprends pas comment le jury français a pu lui donner ses 12 points… Une tenue violette totalement ringarde mais surtout une mise en scène que je ne sais pas (ou n’ose pas ?) qualifier. Des silhouettes de danseurs (mal) intégrées (via un fond vert) laissant imaginer une chorégraphie d’hommes invisibles et une mise en place qui devait être tellement millimétrée qu’on avait l’impression que Stephania pensait plus à son positionnement qu’à ses paroles. Son regard était vide, comme si elle lisait un prompteur. En même temps, on ne peut pas dire qu’il y avait un contenu ou un message à faire passer… Donc une prestation à la limite du grotesque et de l’amateurisme. Tout était tellement prévu, calibré, ne laissant place à aucune spontanéité… Ça devait en jeteer plein les yeux, mais ça ne pouvait pas supporter le moindre soupçon d’approximation… Raté !

Je n’ai pas plus aimé le trio Hurricane représentant la Serbie tant le côté poupées gonflables chevelues était racoleur, pour ne pas dire putassier. Chaque année on a ce genre de prestation qui mise tout sur les ventilateurs, les lèvres botoxées et les silhouettes plastifiées supposées affoler les ados prépubères… qui d’ailleurs ne regardent sans doute pas l’Eurovision…

A l’inverse, deux chansons à discours « féministe » m’ont bien accroché.

La Russie, représentée par Manizha avec le titre « Femme russe » mêlait rap et traditionalisme que ce soit dans la mise en scène ou dans la musique. Je ne m’attendais pas à entendre la Russie de Poutine sur ce registre. Malgré la barrière de la langue, on sentait une telle conviction…

Dans un genre plus consensuel, Destiny pour Malte avec « Je me casse ». J’ai été touché par cette jeune fille de 18 ans, ancienne gagnante de l’Eurovision Junior, à qui on prédisait jusqu’à la semaine dernière une victoire éclatante, et qu’on a vu se « tasser » dans son fauteuil au fur et à mesure que les points s’égrenaient et ne s’additionnaient pas sur son compteur… Sa chanson était festive, sa voix remarquable, le gimmick « Je me casse » sur un solo de saxo qui rappelait Sunstroke Project (Cf. la Moldavie, 3ème en 2017) sa présence… Peut-être que la présentation a semblé bâclée… Peut-être que la tenue (robe courte et cuissardes sur un corps plus que voluptueux) n’a pas plu… Déception donc, alors que c’est une des chansons qui m’était le plus rapidement restée en tête après une ou deux écoutes.

Autre favori qui s’est laissé distancer dans les derniers jours, la Lituanie. The Roop proposait « Discoteque », une ode à tous ceux qui dansent seuls en boite. Déjantés, en jaune canari, une choré subtilement brouillonne et décalée, un chanteur au charme fou… Ils ont fini 8ème alors qu’ils figuraient dans le top 3 il y a moins d’une semaine. Ils sont cependant restés dans mon trio de tête jusqu’au bout…

Mes chouchous étaient apparemment beaucoup plus clivants. L’Ukraine, avec le groupe Go_A et sa troublante chanteuse : Kateryna Pavlenko m’a accroché dès la première écoute l’an dernier quand ils avaient été sélectionnés pour représenter leur pays avec la chanson « Solovey ». Une voix atypique, acidulée comme peut l’être le pamplemousse au petit déjeuner. Une technique vocale parfaite, une musique mêlant le folklore, la pop, l’électro pour donner au final un rythme sauvage et fou. Une composition du titre très bien maitrisée avec cette accélération du tempo, un rythme haletant soutenu par une projection sur les écrans géants de surfeurs d’argent multiples courant (vers quoi ?)… Cette chanson est l’exemple parfait de ce que j’aime à l’Eurovision : un titre captivant, une esthétique bluffante, une découverte de sonorités alternatives… Ce qui me rend heureux, c’est de constater que cet univers musical a convaincu alors que Go_A ne figurait même pas dans le top 10, une semaine avant le concours. Ils ont décollé lors des répétitions lorsque leur mise en scène a été dévoilée. L’Ukraine est l’illustration parfaite qu’un « emballage » bien maitrisé peut sublimer une chanson qui aurait pu ou dû rester expérimentale…

A l’inverse, j’ai le sentiment que c’est l’emballage qui a desservi la proposition suisse. Gjon Tears était donné vainqueur avec « Tout l’univers », superbe ballade servie par une voix exceptionnelle. Malheureusement l’écrin proposé n’a pas été à la hauteur. Sur le plan de la scénographie, la simplicité et la sobriété étaient de mise, mais pourquoi avoir imposé à ce jeune homme une chorégraphie imbécile, désordonnée, brouillonne alors qu’il ne semblait visiblement pas à l’aise. Je n’ai surtout pas compris en quoi elle s’harmonisait au propos. Du gâchis, hélas…

La Belgique était représentée par Hooverphonic. Wow. Qu’un groupe aussi prestigieux et respecté participe au concours… gros risque, certes, mais quel bonheur ! Une proposition atypique dans le cadre du concours, mais conforme à leur réputation. J’aurais tendance à dire qu’il était écrit qu’ils ne pouvaient pas gagner. Les professionnels les ont classé 13èmes , le vote populaire ne leur a donné que 3 points. Honte au télévote !!! Mais je suis personnellement tellement heureux qu’ils aient participé sans rien lâcher de leur exigence musicale, de leur style, de leur excellence, de leur élégance…

Autre proposition dont la côte a grimpé suite aux répétitions, et donc à la découverte de leur « décor », les portugais de Black Mamba. On a beaucoup glosé sur le fait que pour la 1ère fois de leur histoire, les portugais avaient choisi une chanson en anglais, abandonnant le choix toujours assumé de chanter dans leur langue nationale. Hélas, depuis longtemps, je me suis (comme beaucoup) habitué à la généralisation de l’anglais au concours. La proposition de Black Mamba était décalée : musique et ambiance d’un autre temps, la voix nasillarde du chanteur au look de Willy DeVille oscillant entre Willie Nelson et Neil Young, le côté rétro assumé en commençant la prestation en noir et blanc pour terminer accompagné par un décor en or sur écran géant. Là encore, belle surprise et reconnaissance méritée.

Je n’ai pas été sensible à la chanson bulgare, « Growing up is getting old », que j’ai qualifiée dans ma tête de dysniaiserie pleurnicharde, au « Sugar » insipide de la Moldavie, au style feel-good du « I don’t feel hate » allemand, au gospel néerlandais de Jeangu Macrooy…

J’ai cependant été « humainement » choqué du zéro pointé de la Grande Bretagne. Aucune prestation ne devrait être confrontée à un tel affront. Surtout que cette proposition me semblait moins critiquable sur le fond comme sur la forme que les propositions racoleuses à base de nanas à moitié à poil qui proposent de mettre le feu au fond des caleçons et des cerveaux reptiliens à coup de déhanchés plus ou moins lascifs accompagnés de danseurs aux torses masculins lisses et huilés…

Tant qu’on parle racolage… J’avoue que l’espagnol, Bals Cantò, si souriant, dans son pantalon noir très ajusté et prometteur… Mais je m’égare…

On va terminer avec la France et l’Italie…

Barbara Pravi a délivré une performance de toute beauté, magistrale et sobre. L’utilisation des effets, limités à leur plus simple expression (mais bravo pour l’ombre qui se désintègre en oiseaux…) la maitrise des éclairages… Bravo, rien à jeter. J’ai été heureux de voir la qualité de cette prestation et de constater qu’elle était appréciée : 3ème pour les jurys professionnels, 2ème pour le vote populaire. Ce n’était pas mon choix à l’origine de l’aventure. On a beaucoup fait référence à Piaf… Abus de langage et d’argumentation mais finalement la filiation a été assumée. Voilà- voilà en écho à Padam-padam… Un rythme de valse, la sobriété de la gestuelle, la sobriété de la tenue noire… tout fait pour qu’on se rappelle inconsciemment des « grands » de « grande époque de la chanson française » portée par des textes qui racontaient des histoires. Tout a été fait pour jouer sur des valeurs artistiques ancrées dans l’inconscient collectif, français comme européen. Ça a marché et c’est tant mieux, sans chercher à courir après une mode ou a insérer quelques mots en anglais parce qu’on croit que ça va plaire au public européen… Je dis bravo…

Je ne dis pas que la France aurait dû gagner, mais je ne comprends pas comment l’Italie a pu arriver à la première place. Pourtant vote des professionnels (3ème) et vote des téléspectateurs (1er) ont été cohérents entre eux. Je suis incapable de retenir la ligne mélodique, la construction de leur chanson. Je n’ai pas trouvé les éléments qui ont abouti à ce choix. Pas parce que je serais hermétique à une proposition rock dans le cadre du concours… Dans le style, la proposition finlandaise, « Dark side » de Blind Channel, me paraissait plus percutante et musicalement plus « parlante » avec un gimmick facilement mémorisable. Bon l’Italie a gagné. Ça faisait une dizaine d’années que ce pays du « Big Five » figurait régulièrement dans le top 5 ; la meilleure chanson étant selon moi celle de Mahmood, « Soldi », 2ème en 2019…

L’Italie a gagné, on a un scandale à la clé avec une image qui laisserait penser que Damiano, le chanteur, se serait fait un rail de coke alors qu’on décomptait les derniers votes. Certains hurlent à la honte et à appellent à la disqualification. Certains, c’est-à-dire les français. C’est stupide, c’est incongru, c’est vain. Et la 2ème place de Barbara Pravi restera toujours plus méritoire qu’une  1ère place qui serait acquise sur le tapis vert.

Rendez-vous en Italie l’an prochain. On se souviendra je pense de la tenue des chanteurs de Maneskin mais on aura oublié leur chanson « Zitti e buoni »…  Et le concours me passionnera toujours autant !

Une réflexion au sujet de « Voilà… »

  1. Je me suis amusée à suivre les réflexions des uns et des autres sur le zozio. Je ne regarde plus depuis 1992 les programmes « chansons » à la TV pas plus que tous ce qui évoques « les jeux ». Je profite à fond des commentaires des fans !!!

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