Ma vie est un juke-box – Episode 1

J’ai décidé d’écrire une série de 30 billets sur le thème « ma vie en 30 chansons ». Pas de chronologie, mais 30 chansons qui ont marqué / accompagné 30 moments importants de ma vie que je choisis d’évoquer à la volée… Après tout, je l’ai assez écrit : ma vie est un juke-box…

Je crois qu’il serait surpris, Jean-François, s’il lisait ce billet… Il serait surpris de constater que je ne l’ai pas oublié… Il serait surpris que je me souvienne que ce 04 juillet, c’est la date de son anniversaire et qu’il doit donc avoir aujourd’hui 52 ans… Il serait surpris de lire que je me souviens de la musique qui a accompagné notre première nuit ensemble…

Je travaillais et j’habitais à Bordeaux à l’époque, en 1999. C’est là que j’ai vraiment commencé à envisager que ma vie pourrait se faire avec un garçon, qu’un rêve que j’avais caressé pendant de longues années (en me mentant à moi-même) relevait de la pure fiction : non je ne marierai pas. Non je n’aurai pas d’enfant. Oui, je devrais sans doute vivre une vie plus chaotique que celle d’un hétéro, mais je serai peut-être heureux avec un gentil garçon alternativement à mes côtés et dans ses bras… Oui, en1999, j’arrivais enfin assumer l’idée que j’allais vivre ma vie « gayment » et j’acceptais donc l’idée de pouvoir dire « je suis amoureux ». D’un garçon, certes, mais amoureux. En 1999, j’avais 42 ans.

Jean-François est apparu dans ma vie au détour d’un site de rencontres d’un site de drague… C’est lui qui m’a accosté d’un coup de clavier, j’étais bien trop timide et conscient que je me prendrais un râteau si c’était moi qui prenais l’initiative d’envoyer le « bonjour, ça va » traditionnel. Mes 42 ans me classaient déjà à l’époque parmi les antiquités poussiéreuses du patrimoine gay. Je me contentais de regarder les profils et parfois de rêver. Quand il m’a contacté, j’ai regardé son « profil », j’ai aimé son sourire même si sa photo était volontairement anonymée et je lui ai demandé ce qui, à son âge, pouvait le pousser à contacter un vieux machin comme moi… En général, ce genre de question me faisait passer pour le mec prise-de-tête-à-éviter-de-toute-urgence. Pas lui. Il a insisté. Et puis on s’est rencontré. La première fois, on est allé boire un pot et on est sagement rentré chacun chez soi. On n’a même pas échangé un bisou. On s’est promis de se recontacter, de se revoir. Je n’y croyais évidemment pas. Et puis… La deuxième fois, on est allé au resto. Et en me quittant sur la pas de ma porte, c’est lui qui m’a embrassé. J’étais à la fois en lévitation et dans un état de frustration maximale. Mais j’aimais bien finalement ce sentiment que le temps n’était pas bousculé. C’était tellement différent d’un coup d’un soir. C’était peut-être le signe que…

La première fois qu’il a accepté de dormir chez moi, j’ai fait comme d’habitude. pendant qu’il se glissait sous la couette, j’ai lancé en sourdine un CD de musiques du monde… Un CD parfait parce qu’il n’y avait pas paroles pour détourner l’attention… Juste un cocon sonore diffus… Il s’est relevé, est allé fouiller dans son sac et m’a demandé si ça me gênait de remplacer le CD et de mettre celui qu’il m’apportait… Ce soir là, je me suis endormi heureux, bercé par des musiques que je ne connaissais pas…

On est allé se balader à Lacanau, à Arcachon et à Sarlat. On a découvert plein de restos dans le quartier des Chartrons. Au bout de trois mois, un matin de janvier, il m’a largué sur le même réseau social par un laconique « je ne t’aime plus ». Ma vie s’est déchirée. J’ai été malheureux comme un chien, Jean-François était mon premier amour et je me suis révélé fragile comme un ado. Je n’ai pas compris, je n’ai pas su réagir… J’ai pleuré longtemps, souvent, en ré-écoutant ce disque qu’il m’avait fait découvrir et aimer.…

Et puis… Et puis je n’ai jamais imaginé que qui que ce soit pourrait m’apporter autant que Jean-François. Ni en bonheur ni en douleur. Plus exactement, j’ai refusé et je me suis refusé la possibilité de repartir sur une nouvelle histoire… Je n’ai laissé à personne le droit de reprendre mon cœur. Ou plus exactement, je n’ai jamais accepté que qui que ce soit s’en approche. A priori trop douloureux, alors que ça aurait peut-être été si doux…

J’ai longtemps associé deux chansons de Serge Lama à cette histoire…
« Toi c’est pas pareil » : Sûr que tu n’es pas tombé vierge au fond de mes draps / Sûr tu étais loin déjà de ta première fois / Sûr que d’autres yeux se sont noyés dans ton chagrin / Sûr que d’autres cœurs avaient déjà crevé le tien / Mais toi c’est pas pareil…

Et « Le dernier baiser » : Le dernier baiser / Il me trouble encore et pourtant c’était le dernier / L’automne est au bord du dernier soleil de l’été / Comme on dit dans les chansons il faut s’y résigner
Mais la vraie, la seule référence chantée de cette histoire, c’est ce disque de Radiohead qui a accompagné notre première fois… Exit Music (For a film) dont je ne savais pas à l’époque qu’elle avait écrite pour accompagner la fin du film « Roméo et Juliette »

Breathe, keep breathing
Don’t lose your nerve
Breathe, keep breathing
I can’t do this alone

Sing us a song
A song to keep us warm
There’s such a chill, such a chill

Radiohead – Exit Music (For A Film)

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