Papa, can you hear me ?

C’était en avril 92… J’avais réussi le concours de personnel de direction. Étant en poste et habitant Avignon, je l’avais annoncé à mes parents au téléphone, eux qui habitaient près de Béthune. Quand je suis allé les voir, début juillet, après les premiers bisous et mots échangés, Papa a posé sa main sur mon épaule et m’a simplement dit « Je suis fier de toi ! » J’ai bien vu qu’il avait les yeux qui brillaient un peu plus que d’ordinaire : il était ému… Et moi aussi.
Papa était ce qu’on appelle un « taiseux ». pas très expansif… pudique. Peu de mots, mais tant d’intensité et d’amour dan ses paroles.

En janvier 2006, la sanction était tombée. J’étais révoqué, foutu à la porte de l’éducation nationale… L’affaire avait gonflé dans ce qu’on appelait alors la « blogosphère ». Les médias allaient en parler et mon nom allait être jeté en pâture. Mon nom et mon homosexualité. Alors j’ai pris le téléphone. Et j’ai tout raconté à mes parents. Je me souviens (douloureusement) de mes premiers mots : « Papa, Maman, je vous ai menti… » J’ai raconté la suspension depuis 3 mois, le mensonge de mon insouciance lorsque j’étais venu les voir pendant les vacances de noël… et je leur ai dit que j’aimais les garçons…
Quelques jours plus tard j’étais à la maison. J’ai eu le soutien total de mes parents, qui m’ont reproché seulement d’avoir tardé à leur parler… Je leur ai expliqué le blog, l’atteinte à la dignité de la fonction, j’ai parlé de ma solitude et du réconfort que j’avais pu trouver dans les bras des garçons… Alors que j’étais monté dans ma chambre, papa m’a rejoint. Une fois encore, il m’a pris par les épaules et m’a seulement dit « tu sais, fille ou garçon, c’est important d’aimer et d’être aimé… » et il est ressorti.

Papa, orphelin de père à 5 ans. Papa, ancien militaire. Papa qui avait fait ses études dans un petit séminaire de Bretagne. Papa qui cochait toutes les cases pour être réac’ et qui était si attentif aux autres, si naturellement aimant.
Papa n’était pas « démonstratif » mais une des images les plus anciennes que je garde dans ma mémoire, c’est celle de sa main droite, quittant le volant de la voiture, quelle que soit la destination et la durée du trajet, pour se poser sur celle de maman en lui murmurant « je t’aime »…
Papa est parti il y a 12 ans, mais il est toujours là, bienveillant…

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