Qu’est-ce que sera demain ?

Yves Simon – Qu’Est-Ce Que Sera Demain

Des rêves sur le bitume
Quelques mots d’amertume
On change de décor
(…)
Qu’est-ce que sera demain?
L’début ou la fin?
Ou la fin…

Je m’étais dit que j’allais écrire un billet bien chiadé, à coup de dénonciation de la médiocrité ambiante, de la suffisance de nos politiques fraichement élus et de l’insuffisance crasse de nombre de journalistes qui auraient pu/dû faire preuve de leur culture historique, de leur esprit critique et de leur finesse d’analyse pour bousculer le ronronnement médiocre de l’actualité…
A quoi bon ? Chaque jour apporte son lot de renoncements, d’approximations, de mensonges, de compromissions. Y’en a pas un pour rattraper l’autre, alors attrapons en un pour taper sur les autres aurait dit ma môman, un brin défaitiste, un tantinet va-t-en-guerre…

Depuis que cette séquence électorale inédite s’est achevée et s’est illico embourbée dans des déclarations imbéciles qui ne servent ni la vérité, ni l’élan républicain, ni le quotidien des citoyens, je me prends à regretter que l’alliance improbable et hétéroclite de la NUPES n’ait finalement pas gagné les élections. Non pas que je sois déçu que Mélenchon n’ait pas réussi son hold-up électoral fondé sur une escroquerie constitutionnelle (non, on n’élit pas un premier ministre…). Non pas que je sois convaincu de la pertinence et de la crédibilité économique de leur projet. Non pas que je leur pardonne leurs outrances. Mais…

Mais ça aurait pu être chouette de voir la NUPES mettre en œuvre tout ou partie de son programme, tout ou partie de ses promesses… Rétablir l’ISF, taxer les profits spécualtifs indécents des riches, augmenter le SMIC, peut-être même trouver une pirouette pour évacuer plus que le temps d’une mandature le spectre de la retraite à 65 ans… Un peu comme en 1981, quand Mitterand a voulu « changer le vie ». Mauroy premier ministre a fait passer des textes économiques (le plus emblématique restant les 35 heures) qui ont effrayé le « capital ». Et puis un an plus tard, y’a eu le virage de la rigueur et de la réalité économique. Parce que la France ne pouvait (et ne peut toujours pas) faire l’impasse sur un environnement mondial qui conditionne un peu ses marges de manœuvres (il conditionne beaucoup même, trop peut-être ?). Il y aurait eu des avancées, il y aurait eu des décisions bousculant les dogmes du grand capital, des grilles de salaires nouvelles etc. Des trucs sur lesquels, une fois votés, il n’est pas possible de revenir. Et comme pour les décisions économiques de 1981, la France patinerait, perdrait temporairement de son crédit à l’international, mais finalement des décisions que le marché et les dogmes économiques finiraient par digérer. et la droite reviendrait au pouvoir… C’est toujours en bousculant l’ordre établi (pour ne pas dire fossilisé) que le peuple a obtenu des avancées. On est encore dans un monde où il est utile de botter l’arrière-train des dogmes pour les faire évoluer. Certes il y’a plein de choses qui ne sont pas « raisonnablement raisonnables ». Mais si on attend que ça soit « faisable » on n’avancera pas. Pusiqu’on aime bien se gargariser de notre grandeur passée, n’oublions pas que la France est autant celle des Lumières que celle des révolutions…

Après tout, les lois de la physique ont démontré que théoriquement, un bourdon ne peut pas voler. Mais comme le bourdon ne connait pas les lois de la physique, il vole ! Il me semble que le parallèle avec le politique s’impose…


La deuxième raison pour laquelle une victoire franche de la NUPES ne m’aurait pas totalement déplu, c’est que ça aurait contribué à rabaisser le caquet de l’extrême-droite. Je ne supporte pas de voir tous ces politiques rances, moisis, aigris, malfaisants, nauséabonds, racistes prétendre parler au nom des français. Je fais partie des français et je refuse qu’on parle en mon nom dans ces termes-là.
Je suis bien conscient de la faiblesse « politique » de mes raisonnements, mais vu l’état du monde…
Entre une guerre aux portes de l’’Europe, une Amérique en plein débâcle démocratique et sociétale, une Chine qui prend insidieusement le contrôle des richesses du monde, une planète en état de choc qui enchaine crises de croissance et fièvres climatiques, une scène musicale dominée par Wejdène et Jul, une société gangrénée par des diktats moraux rétrogrades et discriminatoires, un monde où l’on fait porter la responsabilité ses pandémies aux pangolins et aux chauve-souris, je suis conscient d’avoir de la chance d’afficher bientôt 65 ans au compteur. J’ai vécu la plus belle part de ma vie sans les angoisses d’aujourd’hui.

Certes on peut ré-écrire l’histoire et culpabiliser après coup… mais le mal est fait, j’en ai profité parce que pour ma génération, aveuglée par l’inconscience et le sentiment de toute puissance que procurait le progrès technologique, il n’y avait pas la place pour l’inquiétude. Le catastrophisme prémonitoire de Réné Dumont, buvant symboliquement un verre d’eau à la télé, lors de la présidentielle de 1974 était anecdotique.

Les discours de Cousteau ou d’Haroun Tazieff n’imprimaient pas alors qu’on était des « groupies » de la beauté de leurs reportages. Il n’y a pas de cynisme quand j’écris : j’ai eu de la chance d’être gamin dans les années 60-70. C’est une époque où mon enfance, mon adolescence et ma jeunesse ne m’ont pas été volées par les angoisses et les crises du monde… J’ai eu la chance d’avoir 20ans à une époque où croire en l’avenir n’était pas un signe d’inconscience ou de faiblesse intellectuelle. J’ai eu la chance d’être jeune à une époque où il n’était pas incongru de chanter « C’est beau la vie ! »

Isabelle Aubret – C’est Beau La Vie

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